L'un des cinq "papys braqueurs" de Kim Kardashian, en octobre 2016, règle tranquillement ses comptes dans un livre aux éditions de l'Archipel. Sous contrôle judiciaire après avoir subi un quadruple pontage, Yunice Abbas attend la date de son procès aux assises.

Yunice Abbas, 67 ans, raconte le braquage de Kim Kardashian et sa vie de braqueur dans un livre
Yunice Abbas, 67 ans, raconte le braquage de Kim Kardashian et sa vie de braqueur dans un livre © AFP / Joel Saget

Près de 20 ans de prison au compteur, une voix et ses mots pour dire ses vérités de voyou à l'ancienne ; voyou qui a, jure-t-il, toujours  refusé la violence.

La nuit du 3 octobre 2016, en plein cœur de Paris, Yunice Abbas ne fait pas partie de ceux qui montent dans l'appartement de la star américaine de la téléréalité venue pour la "Fashion week". Arrivé à vélo, déguisé en policier, son rôle est de maîtriser le concierge qui aurait cru à une descente de police pour chercher de la drogue... Yunice Abbas n'a donc pas croisé, ne serait-ce que le regard, de Kim Kardashian. Mais c'est lui qui a récupéré un sac avec une bonne partie du butin estimé à 9 millions d'euros au total, dont une grande partie évaporée depuis. Ce sac, avec une bandoulière qui finit par se prendre dans la roue de son vélo. Un vol plané, des bijoux qui s'étalent sur la chaussée, une pierre précieuse oubliée en chemin, ce qui le perdra et lui fera par la même occasion découvrir les progrès réalisés par la police technique et scientifique sur l'ADN de contact...

Ce soir-là, alors qu'il conduit sur le périphérique parisien, en rentrant chez lui, après ces péripéties et avec le fameux sac dans la voiture, un téléphone se met à sonner. Il pense que c'est celui de l'un de ses complices mais c'est en fait celui de la victime. Un grand téléphone de couleur noire. Il sonne à nouveau, un nom s'affiche, "Chapman". Yunice Abbas pense que c’est peut-être la chanteuse Tracy Chapman dont il est un grand fan... Voulant garder le téléphone, il tente d'éjecter la carte SIM mais échoue et décide de s'en débarrasser au plus vite pour ne pas se faire tracer. "Je connaissais la région, la nationale 3, je suis allé finalement le jeter dans le canal de l'Ourcq, à Pantin". 

Les acheteurs de ce type de butin peuvent venir de très loin... même de New York !

Yunice Abbas nous reçoit dans l'arrière salle déserte d'un bistrot du Raincy où il a ses habitudes, bistro qui sert des cafés à emporter sur le trottoir. Il porte une doudoune noire, une casquette vissée sur la tête, sa main droite tremble légèrement : "Les suites de mon opération", "ça ne va pas aller en s'arrangeant", confie le vieux voyou de 67 ans en guise de préambules à notre entretien.    

Yunice Abbas sait que ce qui retiendra l’attention dans ses mémoires : en premier lieu son récit de ce braquage ultra médiatisé et brocardé pour le côté pieds nickelés, car les vieux voyous se sont fait pincer trois mois plus tard par les limiers de la BRB, la brigade de répression du banditisme. Il livre le récit d'un braquage pourtant minutieusement préparé, à l'aller comme au retour. Une affaire réalisée, selon lui, en "douceur", sans réelle violence d’après ce que lui ont raconté ses complices qui ont pénétré dans l’appartement, même s’il dit comprendre la réaction de Kim Kardashian et ce qu’elle a pu ressentir en tant que victime.

L’équipe du braquage était très cloisonnée – les membres étaient dissociés – et très bien renseignée. Yunice Abbas ne découvrira les visages de ses complices (à l’exception de celui qui l’a "branché sur le coup") que plus tard, à une terrasse du faubourg Saint-Antoine, dans le centre de Paris, lors d’un rendez-vous pour parler du montant de la vente du butin à des receleurs et puis de la date pour "toucher le pognon". Des acheteurs qui peuvent "venir de très loin et même de New York". Ce rendez-vous fut pour Yunice Abbas une "erreur" : les papys braqueurs ne se sont pas rendus compte qu'ils étaient suivis et filmés sous toutes les coutures. 

Une vie passée majoritairement en prison

Mais avant d’évoquer plus en détail ce braquage d'une riche jeune femme dont il ignorait l'existence jusqu'à la veille du braquage, Yunice Abbas veut expliquer pourquoi il s’est lancé dans ce livre, "pas pour l'argent, dit-il, puisque la justice passera pour tout prendre"... Il voulait absolument raconter tout un pan de sa vie passé derrière les barreaux. Il jure avoir payé très cher pour certains faits, mais aussi pour d'autres qu'il n'aurait pas commis.  

Une première condamnation à 9 ans de prison, au tout début de sa carrière de voyou, il y a près de 40 ans, pour avoir fourni et posé de fausses plaques d'immatriculation sur des voitures volées d'un gang de braqueurs chevronnés.   

Et puis au début des années 90, il plonge pour une participation à un trafic de cocaïne. Yunice Abbas est alors condamné à 12 ans de réclusion dans une affaire qu’il dit montée de toutes pièces par l'office central des stups de l'époque, accusé au final par un dealer, une vieille connaissance avec qui, dit-il, il avait un sérieux contentieux. Une affaire qui, au passage, avait entraîné la chute du numéro 2 de la BRB de l'époque, le commissaire Dominique Féval, accusé d'être un ripou et condamné à 4 ans de prison en première instance.

Mécano et braqueur

Yunice Abbas avoue volontiers qu'il a toujours été un meccano avec une partie officielle et puis le reste en zone grise... Il a toujours été très doué pour préparer des voitures, créer des faux planchers, des réductions de réservoir pour y loger 50 kilos de marchandise à une époque où l'on ne  parlait pas encore de "go fast", ces convois de passeurs de drogue entre le Maroc et la France.           

Le vieux braqueur évoque aussi ses peines de prison où il n'y avait rien à dire, pour le braquage par exemple d'une banque en Belgique avec   prise d'otage (personnel menotté) mais où, là encore, il aime à préciser ne pas avoir eu à utiliser la force et encore moins une arme car il a toujours été "mal à l'aise avec ça". Mais en quittant les lieux, ce jour là, il avait laissé tomber sa cagoule bourrée d'ADN.

Enfin, évidemment, son dernier coup l'a définitivement mis à la retraite il y a quatre ans. Il raconte l'enquête imparable de la BRB, avec des policiers qui le connaissaient bien pour l'avoir "filoché" et "écouté" durant plusieurs semaines et qui savaient ses problèmes de santé. Ils l'ont envoyé directement se faire examiner à l'Hôtel dieu, à l'hôpital.         

Yunice Abbas a passé vingt-deux mois en détention provisoire à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), avant d'être placé sous contrôle judiciaire à cause, justement, de ses problèmes au cœur. Il attend maintenant la date de son procès aux assises. Et celle de son retour en prison.

POUR ÉCOUTER L'INTERVIEW DE YUNICE ABBAS

48 min

Yunice Abbas, papy braqueur de Kim Kardashian

Par Emmanuel Leclère
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