La ministre du Travail Élisabeth Borne reçoit ce mardi patronat et syndicats pour discuter d'un nouveau protocole sanitaire au sein des entreprises. France Inter a recueilli le témoignage d'Hervé, qui a été contaminé par le coronavirus alors qu'il dispensait une formation début mars.

Hervé Buisson est tombé malade début mars en dispensant une formation.
Hervé Buisson est tombé malade début mars en dispensant une formation. © AFP / Luis Alvarez

Bientôt un nouveau protocole sanitaire au travail. Le gouvernement veut modifier, "d'ici à la fin août", les règles sanitaires pour freiner la transmission du coronavirus en entreprise, notamment via le "port obligatoire du masque" dans certaines situations, indique Élisabeth Borne dans le Journal du Dimanche. La ministre du Travail reçoit ce mardi patronat et syndicats pour discuter en détail de ce protocole. Les appels de spécialistes se multiplient pour rendre le port du masque obligatoire dans les entreprises, lieux où ont été détectés de nombreux foyers de contamination au Covid-19.

"On avait pris beaucoup de précautions"

Le travail, lieu de transmission du coronavirus, Hervé Buisson peut en témoigner. Cet homme de 60 ans a attrapé le Covid-19 début mars à Amiens, dans le cadre de son emploi. Il dispensait une formation à des salariés de la Poste sur l'environnement et la santé au travail, pour le syndicat Force Ouvrière. Dix personnes, dont lui, étaient présentes, "dans une salle relativement grande, avec de l'espace entre les stagiaires".

"On avait pris beaucoup de précautions sur les formations, bien avant les préconisations officielles", explique-t-il : "Personne ne s’embrassait, lorsqu’on était à table on était distanciés, tout le monde se lavait régulièrement les mains." Personne en revanche, à l'époque, ne portait encore de masque. "Mais les formations, c’est interactif, et moi j’aime bien être dans le groupe", indique Hervé Buisson. "Je me suis assis au milieu, il y avait une place de libre. Une personne était porteuse du virus, on ne le saura qu'après. J’ai posé mes mains sur la table, et c’est comme ça que j’ai eu le Covid-19. Je suis tombé malade 8 jours plus tard."

Le formateur pour Force Ouvrière ne sera diagnostiqué qu'en avril, lorsqu'il fera un scanner des poumons : "Il y avait des marqueurs du Covid-19, identifiés comme tel par la personne qui m'a fait un compte rendu au CHU et mon médecin traitant."

Symptômes : pas de fièvre, mais une forte toux. Et une perte du goût et de l'odorat le 19 mars, qu'il n'a toujours pas retrouvés depuis : "Je suis resté à mon domicile, je ne bougeais pas, je télétravaillais quand j’en avais la force...", rapporte Hervé Buisson. Par chance, il sera le seul cas contact à déplorer lors de cette formation. "La faute à pas de chance", lâche-t-il, en ne tenant pas son employeur pour responsable compte tenu du manque de prise de conscience au début de l'épidémie.

"Je pense qu'on ne prend toujours pas la dimension des risques sanitaires"

"À ce moment-là, même si on était vigilant, on ne prenait pas la dimension des risques sanitaires. Et je pense qu’on ne prend toujours pas la dimension des risques sanitaires", juge-t-il, à l'heure où un nouveau protocole doit être défini. Mais selon lui, _"trop de contraintes créent la crainte"_. "Il faudrait notamment définir des zones de danger variable au sein des entreprises, pourquoi pas avec des couleurs, vert, orange, rouge... Toutes les parties d'une entreprise ne présentent pas le même risque de contamination."

Invité jeudi dernier de franceinfo, Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, insistait sur le risque de transmission au travail : "50% des clusters sont dans des entreprises, médicales ou non médicales. Rendons le masque obligatoire dans tous les lieux clos, dont les entreprises privées."

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