Manon* pensait faire le choix de la sécurité en embarquant dans un VTC pour se rendre à une soirée. Mais subissant les propos à caractère sexuel du chauffeur, elle décide d'enregistrer la suite de la conversation et de faire un signalement à la plateforme. Ces dernières ont-elles désormais des garde-fous suffisants ?

De nombreux témoignages relatent des violences sexistes et sexuelles dans des VTC.
De nombreux témoignages relatent des violences sexistes et sexuelles dans des VTC. © Getty / d3sign

Vers trois heures du matin, cette Parisienne de 28 ans monte dans un VTC de la plateforme Kapten. Elle se rend à une soirée après avoir bu quelques verres avec des amis dans un parc. Un verre vide à la main, un fond de rhum dans son sac, elle demande au chauffeur si elle peut lui prendre un peu de Coca, dans la bouteille posée à côté de lui. Instantanément, l'homme lui réclame "un massage" et "_des caresses en dessous de la ceinture"_.

"Il estimait apparemment pouvoir me réclamer un acte sexuel en échange d'un verre de coca."

"Un peu saoule mais très consciente", Manon* commence à enregistrer la conversation avec son portable. Devant son incrédulité, le chauffeur précise sa demande : "Quand les hommes se masturbent, ils se masturbent où ?" "Vous demandez ça aux clients souvent ?", l’interroge-t-elle. "Non mais je vois que vous êtes chaude", rétorque le chauffeur. "[…] vous parlez en plus de rhum, donc je me suis dit qu’en argumentant, peut-être c’est possible, on peut le faire", peut-on entendre sur l'enregistrement dont voici des extraits.

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Enregistrement de la conversation avec le chauffeur VTC

Par Enregistrement sur téléphone

"C'est une forme de politesse", poursuit-il. "Ça ne veut pas dire que je vous le demande. Vous voulez que je fasse un geste pour vous, en plus j'ai été gentil de vous laisser monter dans le véhicule avec votre rhum."

"Il estimait apparemment pouvoir me réclamer un acte sexuel en échange d'un verre de coca", s'indigne Manon qui utilise justement l'application pour "être plus en sécurité que dans un bus de nuit, par exemple"

La plateforme réagit rapidement au signalement

Manon est finalement arrivée à destination, mais craignant qu'il ne s'en prenne à d'autres femmes, elle signale ses avances sexuelles au service client de Kapten, dès le lendemain. Elle est recontactée quelques heures plus tard par téléphone.

Une membre du service client écoute son histoire et promet de faire remonter cette information. "Le département en charge des relations partenaires prendra une décision à son encontre", annonce-t-elle. "Si vous souhaitez porter plainte, on s'engage à collaborer avec vous et à fournir aux autorités compétentes toutes les informations que l'on possède.. Manon renonce finalement à porter plainte. "À titre commercial", sa course est remboursée et elle reçoit 200 points de fidélité sur son compte Kapten.

Kapten n'est pas la première entreprise de VTC visée par des témoignages relatant des violences sexistes et sexuelles. En novembre 2019, la militante féministe Anna Toumazoff lançait le hashtag #Ubercestover avec le récit d'une étudiante strasbourgeoise. Des centaines de femmes victimes de chauffeurs harceleurs et agresseurs y racontaient leurs douloureuses expériences. Entre 2017 et 2018, près de 500 viols et 6000 agressions sexuelles avaient été enregistrés dans les Uber aux États-Unis, comme nous l'avions expliqué dans un précédent article

Le chauffeur peut exercer sur d'autres plateformes

Contacté par France Inter, Kapten affirme que ce genre de faits est "exceptionnel et inhabituel : notre service client recense moins d’un cas d’agression avérée rapporté par mois". Les signalements sont directement adressés à la boîte mail du service client, accessible via l'application. La plateforme explique avoir mis en place un système de remontée prioritaire des mots clés types "agression" ou "harcèlement". Kapten encourage aussi ses clientes et clients à signaler lorsqu'une plaque d’immatriculation d’un chauffeur ne correspond pas à celle indiquée sur l’application.

"Tout comportement déplacé, signalé par l’utilisateur et/ou le chauffeur, entraîne un appel à l’utilisateur et au chauffeur pour comprendre et s’assurer de ce qui s’est passé", précise Kapten. En parallèle, "nous bloquons l'accès du chauffeur partenaire à notre réseau par prévention", décrit l'entreprise. "Il est déjà arrivé de déconnecter définitivement un chauffeur de notre plateforme."

Une fois suspendu, le chauffeur peut tout de même continuer à exercer chez les concurrents, car "pour des raisons légales, nous ne pouvons pas prévenir les autres plateformes (...). En effet, il n’existe à ce jour pas de fichier commun." De quoi susciter l'inquiétude des utilisatrices, dont certaines se tournent vers des applications exclusivement féminines.

*Le prénom a été modifié

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