C'est l'une de ses rares sorties médiatiques : Jean-Yves Le Drian présente lundi 27 janvier ses vœux à la presse. À 72 ans, le ministre des Affaires étrangères, doyen du gouvernement, s'active (mais en coulisses) éclipsé par un chef de l'État qui prend toute la lumière, et très discret sur le plan politique.

Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian à Shanghai en novembre dernier
Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian à Shanghai en novembre dernier © AFP / Ludovic Marin

Il est de son propre aveu "un taiseux", celui qui "met du charbon dans la soute". Baron politique madré, Jean-Yves Le Drian s'appuie au Quai d'Orsay sur les réseaux tissés pendant cinq ans depuis un autre palais de la République : l'hôtel de Brienne, siège du ministère de la Défense qu'il a quitté avec regrets.

Le président de l'époque, son ex-ami de 30 ans François Hollande, lui laissait les coudées franches et une vraie visibilité, acquise en négociant des contrats d'armement à tour de bras, triplant les prises de commandes en un quinquennat. "Le meilleur ministre de la Défense qu’on n'ait jamais eu", selon l'industriel Serge Dassault.

Diplomatie du renseignement

De cette époque, Jean-Yves Le Drian a gardé un épais carnet d'adresses, en Afrique et au Moyen Orient. Son style : la diplomatie du renseignement, qui le pousse par exemple à faire du maréchal Haftar, en Libye, un interlocuteur privilégié. Diplomatie de l'ombre, qui laisse les coups d'éclat à celui dont c'est le domaine réservé : le patron, Emmanuel Macron, qui préempte tous les dossiers, dans la logique de la Ve République. Comme ce président-là prend particulièrement la lumière, le soutier Le Drian est singulièrement éclipsé. 

"Quand vous faites un tour du monde chaque mois, vous n'avez pas forcément le temps d'investir les medias", s'agace l'entourage du ministre. Au Quai d'Orsay, on souligne qu'en "ces temps mouvementés, maintenir le multilatéralisme suppose d'être partout à la fois". Son énorme travail "est la preuve que la France est de retour dans les affaires du monde", assure sa secrétaire d'État aux Affaires européennes Amélie de Montchalin.  

Jean-Yves Le Drian souffre-t-il de rester en coulisses ? Nullement, à entendre ses fidèles : il est un "homme de dossiers", un "facilitateur qui n'aime pas les projecteurs". Jean-Yves le Drian est un homme "loyal" qui entretient désormais des relations "de pleine confiance" avec le chef de l'État, qu'il voit en tête-à-tête chaque semaine et à qui il "parle franchement", assurent ses proches, lui qui s'exprime très peu sur la scène nationale.

Un "pré-retraité de la vie politique" ?

Fin 2018, son appel à "respecter" les "gilets jaunes" a été très commenté, tout comme quelques semaines plus tard sa mise en garde en Conseil des ministres contre les suppressions de postes de fonctionnaires, une "bêtise" qu'il fallait "arrêter". Depuis, silence radio ou presque. Une discrétion qui n'échappe pas à ses ancien camarades socialistes : "Jean-Yves se satisfait de son statut de pré-retraité de la vie politique", glisse, perfide, un ancien compagnon de route. 

Au printemps dernier, le "pré-retraité" Le Drian s'est temporairement glissé dans la courte liste des potentiels successeurs d'Édouard Philippe à Matignon. Le coup de projecteur a été violent, mais de courte durée.

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