Les concepteurs de jeux vidéo aiment s'amuser : en cachant des "easter eggs" (des clins d'œil à découvrir) par exemple, ou carrément en créant des personnages improbables, comme pour faire une blague aux joueurs. Sauf que parfois, la blague devient pleinement intégrée à un univers plus sérieux.

Ces personnages, au départ conçus comme des blagues ou des clins d'œil, ont eu une popularité étonnante
Ces personnages, au départ conçus comme des blagues ou des clins d'œil, ont eu une popularité étonnante © Radio France / Capcom / Namco / Nintendo / Team Meat

Ce vendredi, l'éditeur Capcom a ajouté un personnage supplémentaire à son jeu "Street Fighter V", comme il le fait régulièrement depuis sa sortie en 2016. Mais il s'agit d'un personnage bien particulier : Dan, un personnage parodique apparue pour la première fois en 1995... Et qui est devenu un membre à part entière du "roster" (la liste des personnages d'un jeu de baston) classique de la série. On vous raconte son histoire, et celle de quatre autres personnages dont le succès leur a fait dépasser le statut de simple plaisanterie de développeur.

Dan Hibiki, la parodie devenue narrateur

En 1995, la série de jeux de combat de Capcom a de la concurrence. Parmi les jeux qui se sont inspirés du légendaire "Street Fighter II" (qui a défini les bases du jeu de combat tel qu'on le connait aujourd'hui), on peut citer les séries "Art of Fighting" ou "King of Fighters" du studio concurrent SNK. Ces deux jeux mettaient notamment en scène deux personnages, Ryo Sakazaki et Robert Garcia. Le premier étant très inspiré (voire carrément copié) sur Ryu, un personnage phare de "Street Fighter".

Les développeurs de Capcom décident donc de rendre à SNK la monnaie de sa pièce. Ils modifient un personnage secondaire du tout premier "Street Fighter", Dan Hibiki, pour lui donner la tête de Robert Garcia et le costume de Ryo Sakazaki, et en font un personnage... totalement nul. Dan ressemble à Ryu et Ken, deux de ses adversaires, mais il est bien plus faible qu'eux, tout en étant extrêmement prétentieux. Jouer avec Dan relève du défi personnel, tant il est inférieur aux autres combattants de "Street Fighter".

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Sauf que la blague a duré : au départ jouable uniquement en saisissant un code, Dan devient un personnage culte pour beaucoup. Capcom finit donc par l'intégrer à une bonne partie des jeux suivants de sa série. Jusqu'à lui faire rejoindre pleinement, le 5 février, le casting de son jeu phare Street Fighter V... Même s'il y était déjà présent en filigrane, puisque c'est lui qui est censé avoir "rédigé" les descriptions, souvent ironiques, des autres personnages.

Waluigi, le bouche-trou adoré des fans

Si vous ne connaissez que de loin la série des Mario, le nom de Waluigi ne vous évoque peut-être rien. Et c'est d'ailleurs ce qu'aurait voulu Nintendo... Car à la base, la création de ce personnage répondait à une simple exigence pratique : dans le jeu Mario Tennis, sorti en 2000 sur Nintendo 64, il fallait un partenaire de double au méchant Wario, double maléfique du célèbre plombier moustachu. Ils ont donc simplement ajouté le préfixe "Wa" au nom du frère de Mario, Luigi, et imité leur duo : Wario et Mario sont petits et grassouillets, Waluigi et Luigi grands et plus minces.

Le personnage gardera cet aspect purement utilitaire, apparaissant comme binôme pratique de Wario dans de nombreux jeux : "Mario Party", "Mario Kart", "Mario et Sonic aux Jeux Olympiques", etc. Tout ça sans jamais apparaître dans un "vrai" jeu à lui, ni même comme personnage secondaire de la série des Super Mario.

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Nintendo ne semble pas avoir envie de lui donner une véritable histoire ou d'en faire un personnage à part entière... Mais Waluigi a une solide communauté de fans ! Certains ont même lancé des pétitions pour qu'il soit intégré au jeu "Super Smash Bros. Ultimate", qui permet de voir s'affronter des personnages issus de nombreux jeux... Pour l'instant sans succès.

Mokujin, le mannequin d'entraînement devenu héros

Devenir meilleur à un jeu de baston implique souvent de s'entraîner un peu. La série "Tekken" ne fait pas exception, et avait même dans son troisième épisode un personnage dédié à cet entraînement : Mokujin, un pantin de bois articulé inspiré de ceux utilisés par les dojos en arts martiaux.

Pour s'amuser, les développeurs s'amuse à en fait une personnage jouable, à débloquer dans "Tekken 3". Et comme ils n'avaient pas envie de trop s'embêter à développer un style de combat propre à ce personnage, ils ont tout simplement décidé qu'il se battrait en adoptant celui d'un personnage aléatoire à chaque combat.

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Dans l'épisode suivant, "Tekken 4", la blague semble éventée, et Mokujin disparaît donc. Sauf que là encore, le personnage a cruellement manqué aux fans : il est donc à nouveau intégré à la série dans "Tekken 5", puis dans les jeux suivants.

Cette fois, les développeurs lui imaginent une véritable histoire, intimement liée aux événements tragiques autour de la famille Mishima (la base du scénario des "Tekken"), en lui donnant pour mission de sauver le monde des entités maléfiques qui le menacent. Ils lui donnent même la parole dans Tekken 6... Avant de le faire disparaître dans "Tekken 7", le dernier épisode en date. Depuis, les fans de Mokujin réclament son retour.

Super Meat Boy, le steak bien coriace

C'est une référence du jeu vidéo indépendant, et pourtant rien ne semblait le prédestiner à un tel amour des fans de jeux vidéo. Meat Boy est... un petit steak haché, doté de bras et de jambes, qui passe son temps à mourir. Une idée conçue par ses deux créateurs comme une blague (le personnage mourant extrêmement souvent, cela permettait d'en faire facilement un petit paquet de pixels sanguinolent très cartoonesque).

En 2008, ce héros atypique apparaît pour la première fois dans un petit jeu flash (ces créations jouables directement sur son navigateur, qui pullulaient dans les années 2000). Il devient même l'un des jeux flash les plus joués en ligne. En 2010, avec "Super Meat Boy", il transforme l'essai. Le jeu se vend à un million d'exemplaires en moins de deux ans, et le personnage devient culte.

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Il apparaît dans d'autres jeux indépendants, et a même droit... à sa propre parodie. En décembre 2010, la PETA (association américaine de défense des animaux) proteste contre la nature carnée de son héros et crée son propre jeu, "Super Tofu Boy". Les créateurs de l'original réagissent dès le lendemain, en intégrant "Tofu Boy" comme personnage jouable de "Super Meat Boy" : il est plus lent que son alter ego fait de viande, à cause "de carences majeures en fer", selon sa description dans le jeu.

"Super Meat Boy" a eu droit à une suite cette année, "Super Meat Boy Forever" : le petit steak a finalement eu une longévité étonnante pour une simple blague.

Noob Saibot, le bricolage devenu personnage à part entière

La série "Mortal Kombat" est depuis toujours réputée pour son extrême violence, qui lui a valu les foudres de nombre d'associations et d'institutions en particulier aux États-Unis. Ce qu'on sait moins, c'est que c'est aussi une série qui ne manque pas d'humour, (et pas seulement par son côté grand-guignolesque).

Noob Saibot est un bel exemple de clin d'œil des développeurs du jeu aux joueurs. À commencer par son nom, qui est tout simplement constitué des deux noms de famille des créateurs du jeu (Ed Boon et John Tobias) écrits à l'envers.

Il apparaît pour la première fois dans Mortal Kombat 2, et fait partie des célèbres "ninjas à palette de couleurs" de la série : pour économiser de la place sur les cartouches de jeux, les créateurs réutilisaient plusieurs fois les mêmes modèles, en changeant simplement la couleur de certains éléments. Un même ninja, par exemple, pouvait être jaune (Scorpion), bleu (Sub-Zero), vert (Reptile), etc. Pour Noob Saibot, la paresse avait atteint son paroxysme : il s'agissait simplement d'un personnage entièrement peint en noir.

Sauf que cet aspect secret et mystérieux a attiré l'attention des joueurs, comme la plupart des secrets et des personnages cachés de "Mortal Kombat", qui ont alimenté sa popularité. Dans le troisième épisode, ils font donc de Noob Saibot un personnage à part entière, et développent son histoire, chaque fois un peu plus, dans les épisodes suivants. Il devient une version morte et ressuscité de Sub-Zero, un personnage emblématique de la série (son frère reprenant à sa mort le costume du ninja bleu maîtrisant la glace).

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Au fil des jeux, Noob Saibot est devenu l'un des personnages favoris des joueurs, qui se sont réjouis de voir son histoire de plus en plus développée. Le rappeur Damso lui a même consacré une chanson, M. Noob Saibot. Bien loin du simple "ninja peint en noir qui a le même nom que les développeurs" des débuts.

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