À l'appel du groupe britannique Extinction Rebellion, un grand mouvement d'occupation démarre lundi dans 60 villes pour défendre le climat. Cette organisation prône l'action directe, la désobéissance civile non violente. Des principes inspirés de travaux d'une universitaire américaine de 90 ans : Joanna Macy.

Joanna Macy inspire les activistes d'Extinction Rebellion
Joanna Macy inspire les activistes d'Extinction Rebellion © Capture d'écran vidéo YouTube/Santorso in Transizione

C'est l'histoire d'une universitaire âgée de 90 ans et qui inspire la mobilisation pour le climat. Lundi, des actions lancées par Extinction Rebellion devraient avoir lieu dans 60 villes à travers le monde. Actions directes non violentes et symboliques, occupations de lieux de pouvoir et d'argent, performances artistiques, assemblées citoyennes, pour forcer les politiques à prendre des décisions concrètes et rapides qui protégeront la planète. À Paris, l'action a même commencé samedi : des centaines de militants ont occupé durant 17 heures un centre commercial parisien. Une journée et une nuit entrecoupées par un face-à-face tendu avec les forces de l'ordre.
Mais pas question, chez Extinction Rebellion, de se confronter aux forces de l'ordre ou au pouvoir. 

La force du mouvement, né en Grande-Bretagne en octobre 2018, réside dans la volonté de dialogue et les principes de respect de soi, de l'autre et de l'environnement. Un principe qui façonne tous les travaux d'une universitaire américaine pionnière de l'éco-psychologie, Joanna Macy. "La bataille pour le climat ne doit pas être une confrontation, raconte l’éco-psychologue dans un podcast. "Il n'y a pas d'ennemis, pas de gentils contre les méchants parce que nous sommes tous concernés par la catastrophe climatique. Les solutions ne peuvent se trouver que tous ensemble".

La lutte pour le climat, un "travail qui relie"

Joanna Macy est une superstar dans les milieux écologistes du monde entier. Depuis 40 ans, cette universitaire titulaire d'un doctorat en sciences des religions à l'Université de Syracuse près de New York, a donné des conférences à travers le monde pour défendre son concept phare : le travail qui relie.

Comment répondre au désespoir et au désarroi que fait naître l'effondrement de la planète ? Pour l’éco-psychologue, la réponse se situe invariablement dans l'entraide. Dans son ouvrage le plus connu "Écopsychologie pratique et rituels pour la Terre",  elle s'inspire des théories du bouddhisme pour développer un nouveau rapport à soi, aux autres et à la terre dans le but de mieux protéger la planète. Elle reprend là ses travaux de 1983, sur le "désespoir et réappropriation de son pouvoir", où elle invitait chacun à jouer un rôle, où qu’il soit, dans la création d'une civilisation plus durable. Il s'agit d'un guide de bonnes pratiques collectives dont le point de départ réside dans l'empathie avec tout ce qui est vivant.

"Accueillir nos peurs du changement climatique ne va pas accélérer le processus de destruction de la planète sur lequel s'accordent tous les scientifiques. Au contraire cela permet de passer à l'action"

Selon Joanna Macy, il faut d'abord accueillir toutes les émotions de peur, d'effroi ou de colère liées à la destruction de la planète, en prendre conscience puis comprendre la responsabilité de chacun de nous dans ce processus afin de passer à l'action avec nos ressources et nos talents pour protéger tout ce qui est vivant. Elle écrit : "Les petits gestes pour la planète ne sont pas moins importants que les grandes décisions. Un tout petit pas affirmé avec conviction et respect a une résonance surtout s'il est partagé avec autrui. En plus cela peut créer une joie immense".

La culture de la régénérescence

C'est cette joie collective qui a convaincu les fondateurs d'Extinction Rebellion. Militants du mouvement britannique Rise Up, ils ont considéré que la protection de la planète ne pouvait pas être une affaire individuelle ou communautaire mais qu'elle devait passer par un changement social à l'échelle de la planète.

"Nous sommes aujourd'hui aveuglés et isolés par notre société de consommation. Nous pouvons blâmer le pouvoir politique et financier, mais chacun de nous fait partie de ce système et surtout nous avons le pouvoir de le changer"

Joanna Macy est devenue militante écologiste dès sa jeunesse. Engagée avec son mari Francis Underhill Macy dans la lutte anti-nucléaire et la formation des militants, Joanna Macy considère que le réchauffement climatique s'inscrit dans une histoire à trois chapitres. D'abord ce qu'elle appelle le "business as usual", cette période qui a vu l'utilisation abusive des ressources de la planète et qui s'accompagne du déni total des limites de ces ressources. 

Ensuite, ce qu'elle appelle le "retournement", c'est-à-dire la prise de conscience de la destruction en cours et sans retour de notre écosystème. Une prise de conscience qui amène au troisième chapitre qu'elle attend avec impatience, et qu'elle appelle le "grand tournant", la prise de conscience collective des citoyens qui apportera une grande transition vers un mode vie collectif plus durable. 

D'après elle, nous serions en train d'expérimenter ce troisième chapitre ce moment. "Nous vivons un moment exquis et je suis tellement ravie d'être encore en vie pour en être témoin. La terre que nous avons presque détruite est en train de nous donner une leçon de vie. Il y a tant de chose à faire ensemble que ça ne peut générer que du bonheur et de la joie, si nous savons nous y prendre tous ensemble".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.