Avez-vous déjà pensé à visiter une mosquée ? Les prochaines Journées du patrimoine (21 et 22 sept.) seront l'occasion de découvrir ces édifices religieux, lieux de culture, d'architecture, trace de l'histoire commune de la France et ses ex-colonies. Questions à Anne-Laure Zwilling, anthropologue du religieux au CNRS.

La mosquée Missiri de Fréjus a été ouverte pour les troupes coloniales en 1930.
La mosquée Missiri de Fréjus a été ouverte pour les troupes coloniales en 1930. © AFP / ROLLINGER-ANA

FRANCE INTER : Quelles sont les plus anciennes mosquées construites en France ? 

ANNE-LAURE ZWILLING : "La première mosquée française a été construite à Mayotte au XVIe siècle. Sur le territoire métropolitain, la plus ancienne mosquée est la grande mosquée de Paris. Elle a été construite en hommage aux soldats musulmans morts dans l’armée française pendant la Première guerre mondiale et ouverte en 1926. Il y a aussi la mosquée de Fréjus construite en 1928 et qui a ouvert ses portes en 1930 à destination des troupes coloniales notamment originaires du Soudan de l'époque, le Mali actuel. Il s’agit d’une réplique de la mosquée de Djenné au Mali."

Dans quelles circonstances ces moquées ont-elles été construites ? 

"La grande mosquée de Paris a été construite pour rendre hommage aux plus de 100 000 musulmans morts pour la France pendant la Première guerre mondiale. C'était une manière de récompenser les services rendus et de prendre acte de l'existence de musulmans dans les structures administratives françaises. Ces lieux font aujourd'hui totalement partie de notre patrimoine. La mosquée de Fréjus a été classée monument historique en 1987. Quant à la mosquée de Paris, elle fait partie du paysage urbain parisien depuis longtemps." 

Quelles sont les conséquences de l’ouverture des mosquées aux visiteurs ? 

"Ces journées du patrimoine donnent la possibilité à des non-musulmans qui ne connaissent pas particulièrement ces lieux, de rentrer et de découvrir comment cela fonctionne, comment ça s’organise, qui sont les gens qui sont dedans. Cela permet peut-être aussi de faire tomber un certain nombre d’appréhension et d’ouvrir à une meilleure connaissance mutuelle. Et cela fonctionne dans les deux sens. Auparavant, un certain nombre de musulmans se disaient, 'si des non-musulmans viennent dans nos lieux de cultes, ça va être pour se moquer, pour les ridiculiser…'. Ce type de raisonnement tombe aussi lorsqu’à l’ouverture et à la visite, les gens qui viennent, visitent effectivement par curiosité, mais par curiosité bienveillante. Ces visites peuvent permettre une meilleure connaissance entre non-musulmans et musulmans." 

Pourquoi encore aujourd’hui la construction d’une mosquée fait polémique en France ? 

"Il y a la dimension symbolique et la dimension de pouvoir que cela représente de construire un monument. Il y a une forme de concurrence symbolique du religieux, à celui qui aura le plus grand bâtiment, le plus beau, le plus haut, entre religions. Cela se voit aussi au sein d'une même confession. Ce n’est pas nouveau et ça a tendance à se calmer un peu. 

Il y a aussi la crainte d’une influence architecturale extérieure comme on l’a vu au moment de la construction du centre culturel orthodoxe russe. Auparavant, il y avait eu des polémiques au moment de la construction de pagodes. Enfin, il y a des préoccupations plus terre à terre sur le parking, le coût, le terrain… On a pas mal d’ingrédients pour que cela suscite problème. Mais globalement, maintenant la plupart des constructions de mosquées arrivent à se faire de manière tout à fait correcte."

Quelles mosquées conseillez-vous de visiter lors de ces journées du patrimoine ? 

"Celle de Strasbourg est très belle. Il faut aussi voir celle de Marseille et de Poitiers. En région parisienne, celle de Gennevilliers est intéressante."

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