Il avait ramené la démocratie en Espagne, mais sa popularité s’est effondrée. Six ans après avoir abdiqué, Juan Carlos, 82 ans, de plus en plus discrédité, objet d'enquêtes en Suisse et en Espagne pour des soupçons de corruption et de fraude fiscale, annonce sa décision de quitter le pays.

Juan Carlos a abdiqué en 2014 en faveur de son fils le prince Felipe VI, avant de se retirer définitivement de la vie publique en juin 2019.
Juan Carlos a abdiqué en 2014 en faveur de son fils le prince Felipe VI, avant de se retirer définitivement de la vie publique en juin 2019. © AFP / Oscar del Pozo

C’est dans une lettre adressée à son fils, le souverain Felipe VI, que l'ex-roi annonce sa décision de quitter l'Espagne :

"Guidé à présent par la conviction de rendre le meilleur service aux Espagnols, à leurs institutions, et à toi en tant que Roi, je t'informe de ma décision réfléchie de m'exiler, en cette période, en dehors de l'Espagne."

Dans le communiqué de la Maison Royale, il est également fait état de la réponse de Felipe VI. Le roi accepte et le remercie pour sa décision.

Juan Carlos était l'homme de la "transition démocratique" à la mort de Franco ; celui qui a réussi à s'opposer au coup d'État de février 1981. Se retrouvera-t-il un jour devant la justice de son pays, malgré la loi qui le met à l'abri de toute poursuite pour des faits advenus durant son règne ?

La chute du piédestal 

Pour Juan Carlos, sur le trône depuis 1975, les ennuis ont commencé en 2012, lorsque la presse apprend qu'il s'est fracturé la hanche lors d'un safari au Botswana. Ce qui apparaît au départ comme une escapade d'un goût douteux, alors que les Espagnols connaissent une grave crise économique, révèle l'existence d'une maîtresse – l'Allemande Corinna Larsen (ou Corinna zu Sayn-Wittgenstein, du nom de son second mari).

On découvrira ensuite que Corinna Larsen a touché 65 millions d’euros, cadeau de Juan Carlos, explique-t-elle. La même affirme, dans des enregistrements qui lui sont attribués et publiés en 2018, que le souverain a touché une commission lors de l'attribution à des entreprises espagnoles d'un très important contrat ferroviaire en Arabie : 100 millions de dollars (88 millions d’euros) que l'ancien roi aurait reçus secrètement sur un compte en Suisse en 2008, et sur lesquels enquête la justice helvète.

Au départ, la justice espagnole classe l’affaire, faute de preuves et du fait de l’inviolabilité du roi. Mais la Cour suprême annonce en juin 2020 qu'elle va se charger d'une enquête pour cerner l'éventuelle responsabilité de l'ancien monarque pour des faits commis après son abdication.

De Juan Carlos à Felipe V

La situation oblige Juan Carlos à abdiquer le 18 juin 2014 en faveur de son fils le prince Felipe VI. Il devient "roi émérite" et se retire définitivement de la vie publique en juin 2019. 

Le 15 mars dernier, Felipe VI, qui avait renoncé à l'héritage paternel, annonce que son père ne touchera plus sa rémunération annuelle de 194 232 euros, décidée depuis son retrait de la vie publique.

Et donc le 3 août la lettre annonçant l'exil du "roi émérite" est rendue publique par la Maison Royale.

Peu de voix pour défendre l'ancien roi

Les conservateurs et les socialistes avaient empêché en juin qu'une commission parlementaire, réclamée par Podemos, se penche sur Juan Carlos.

Mais Pedro Sanchez, le chef du gouvernement de gauche a haussé le ton, fin juillet, pour la première fois. "Il est évident que nous recevons, l'ensemble de la population espagnole, des informations inquiétantes qui nous troublent tous, moi y compris", a-t-il dit.

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