Les musées souffrent beaucoup de la pandémie. Fermeture et absence de touristes étrangers : le nombre de visiteurs est en chute libre. Mais la vie culturelle continue. Le musée a acquis il y a quelques mois une magnifique fresque de Tiepolo. Une arrivée en pleine pandémie et donc une arrivée de Junon en visioconférence

Giambattista Tiepolo, Junon au milieu des nuées, fresque détachée et montée sur parquetage en bois
Giambattista Tiepolo, Junon au milieu des nuées, fresque détachée et montée sur parquetage en bois © musée du Louvre / Hervé Lewandowski

Le Louvre possède la plus importante collection de tableaux italiens des XVIIe et XVIIIe siècle. Un grand format de Tiepolo lui manquait. Acquise avec l'aide des Amis du Louvre, cette œuvre de 3,50 x 2,10 m représente Junon en majesté qui trône sur un nuage, vêtue de rose et drapée d'un manteau rouge et or. Cette peinture a été commandé vers 1735 à Giambattista Tiepolo par Gerardo Sagredo qui occupait la charge de procurateur de Saint-Marc, la plus éminente de la République de Venise après celle du Doge. Stéphane Loire, conservateur au département des peintures au Louvre, explique à Jacqueline Pétroz les raisons qui ont conduit le musée à vouloir acquérir cette œuvre.

FRANCE INTER : Cette œuvre de Tiepolo a été à l'origine peinte sur plafond d’une des pièces du palais Sagredo à Venise ?

STÉPHANE LOIRE : "C'est une œuvre qui a été peinte a fresque, c'est à dire qu'elle a été peinte sur un plafond, sur un enduit frais sur lequel le peintre a appliqué des couleurs dans l'espace d'une journée avant que le plâtre ne sèche. Mais cette fresque a été détachée du support sur lequel elle se trouvait, c'est à dire le palais Sagredo à Venise. Elle a été détachée vraisemblablement à la fin du XIXe, début du XXe siècle. Elle a été par la suite transposée sur un support de toile qui est actuellement remonté sur un parquetage de bois." 

"C'est une œuvre qui était fixée mais qui est devenue mobile." 

"C'est une opération qui a été régulièrement pratiquée en Italie a la fin du XIXe siècle pour des grandes peintures, des peintures décoratives, notamment des peintures de Giambattista Tiepolo. Et c'est ainsi que certaines de ses peintures qui a l'origine étaient peintes pour rester fixes ont été déplacées. De la même façon, le musée du Louvre possède déjà des fresques déplacées de Fra Angelico, Botticelli, Véronèse. Mais c'est une opération qu'aujourd'hui on ne pratique plus parce qu'elle entraîne évidemment des conséquences irréversibles pour les œuvres."  

Le musée du Louvre s'enrichit donc d'une œuvre marquante qui va agrandir une collection substantielle ?  

"Le musée du Louvre a une collection de peintures Italiennes qui est exceptionnelle, sans doute la plus importante que l'on puisse voir dans un même lieu, dans le monde entier." 

"Nous avons actuellement 600 peintures qui sont présentées en permanence dans les salles du musée, dont 350 tableaux des XVIIe et XVIIIe siècle Italien. Les visiteurs viennent pour la Joconde ou Les noces de Cana mais nous avons une collection des XVIIe et XVIIIe siècle sans équivalent par sa variété, par sa richesse. 

Nous avions plusieurs tableaux de Tiepolo mais aucun d'une dimension comparable à celui-ci. Nous n'avions que de petits tableaux, pour la plupart des esquisses pour des décors. Il était opportun de faire entrer une œuvre de cette dimension qui permette d'illustrer la dimension monumentale de sa création. Parce que Giambattista Tiepolo était avant tout un décorateur. Il a peint des décors profanes et religieux. C'est un artiste qui a eu une activité très abondante avec une invention sans cesse renouvelée. Il a travaillé à Venise, mais aussi à Udine, Milan ou Bergame. Mais aussi en dehors de l'Italie, à Wurtzbourg. Là, il a laissé son décor le plus vaste, celui du plafond de l'escalier de la résidence de Wurtzbourg qui est sans doute le décor le plus important de tout l'art européen de tout le XVIIIe siècle. Et il a fini sa carrière à Madrid où il a réalisé des grands décors à fresque pour le palais Royal. Nous n'avions pas d'œuvre de ce type : c'est pourquoi nous avons estimé que c'était une chance d'acquérir ce tableau."

Au Louvre, ce confinement permet aussi de se lancer dans le monde à venir ?

"Nous sommes occupés à préparer une grande base de données sur l'ensemble de nos collections qui sera rendue accessible sur Internet au printemps prochain. Et ça va être une révolution puisque cette base de données fournira les images, et un grand nombre de données historiques et bibliographiques sur plusieurs centaines de milliers d'œuvres qui sont conservées au musée du Louvre. Ce sera un outil permettant d'aller beaucoup plus loin dans la connaissance des collections du musée du Louvre."

Giambattista Tiepolo, Junon au milieu des nuées - détail
Giambattista Tiepolo, Junon au milieu des nuées - détail / musée du Louvre / Hervé Lewandowski

Le Louvre attend avec impatience le retour de ses visiteurs. Le musée devrait rouvrir ses portes le mercredi 16 décembre prochain (le 15 étant un mardi, jour de fermeture hebdomadaire)