Info France Inter Les analyses de la police scientifique de Paris confirment que le gilet explosif abandonné par Salah Abdeslam le soir des attentats était défectueux. Avant son arrestation, le seul participant direct encore en vie avait confié à des proches qu'il aurait dû mourir à Paris.

Secours et policiers après l’attaque à proximité du Stade de France le 13 novembre 2015.
Secours et policiers après l’attaque à proximité du Stade de France le 13 novembre 2015. © AFP / François Guillot

Les analyses de police scientifique confirment que le gilet explosif abandonné par Salah Abdeslam le soir des attentats était défectueux. Avant son arrestation, le seul participant direct encore en vie avait confié à des proches qu'il voulait se faire exploser à Paris.

On s’est longtemps demandé si le dixième homme du commando venu semer la terreur à Paris n’avait pas renoncé au dernier moment. Une expertise complémentaire demandée par les juges d’instruction vient conforter une autre hypothèse : le jeune Français de Bruxelles n’a peut-être pas pu mourir en kamikaze, lâché par le gilet explosif qu’il abandonnera dans une poubelle à Montrouge.

Ce dispositif, retrouvé par les éboueurs le 23 novembre, comportait une plaque à poser sur la poitrine et l’abdomen, une plaque arrière plus petite pour le dos, toutes deux remplies d’explosif de type TATP, dotées d’un système de mise à feu, et reliées par deux câbles électriques orange. Il manquait la pile et le bouton poussoir. Mais selon le rapport du laboratoire central de la préfecture de police de Paris, daté du 11 décembre 2017,  même avec la pile et l’interrupteur, « le gilet explosif n'était pas fonctionnel, que ce soit sa plaque avant comme sa plaque arrière".

A l’issue des tests réalisés en laboratoire, le gilet explosif confié à Salah Abdeslam comportait un double défaut : un câble abîmé à l’avant, et une perle d’allumage défectueuse à l’arrière. Le câble à l’avant présente une coupure qui selon l’expertise a pu survenir lors de la conception (coup de cutter) mais qui n’a pas pu être causée par un arrachage manuel ni par l’intervention des démineurs.

Aucune expertise ne permettra de savoir si Salah Abdeslam a vraiment tenté d’actionner le bouton poussoir qui devait se trouver sur le gilet, mais ce rapport vient conforter les témoignages de proches à qui le jeune homme de 26 ans s’était confié avant d’être arrêté à Bruxelles le 18 mars 2016. Ce jour-là, la dernière personne à l’avoir hébergé se livre aux enquêteurs : « Salah m'a expliqué qu'il était effectivement porteur d'une ceinture d'explosifs quand il s'est rendu à Paris mais que sa ceinture n'a pas fonctionné et qu'il s'en est débarrassé, qu'il a jeté celle-ci dans une poubelle. »

Les deux amis venus récupérer Salah Abdeslam près de Paris dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015 avaient rapporté des propos similaires. Le jeune homme, dans un état de surexcitation, pleurait son frère Brahim, qui s’était fait exploser au Comptoir Voltaire, et leur disait que son détonateur n’avait pas fonctionné.

Si Salah Abdeslam, mis en examen et incarcéré à Fleury-Mérogis depuis le 27 avril 2016, refuse toujours de répondre aux questions, l’enquête a depuis deux ans déjà permis de réévaluer largement son rôle. Loin d’être un simple exécutant, il apparait comme « la pierre angulaire de la constitution du commando », selon les explications du juge Christophe Tessier aux parties civiles. Il a convoyé les terroristes rentrés de Syrie depuis l’Allemagne ou la Hongrie, des voyages planifiés de manière quasi militaire, avec faux papiers et téléphones dédiés. C’est aussi le logisticien, qui loue les voitures et les « appartements conspiratifs », et va acheter de quoi fabriquer les explosifs.

Après le 13 novembre, loin de prendre la fuite, le seul survivant du commando retrouve à Bruxelles les autres membres de la cellule terroriste. Dans une lettre laissée à sa famille dans une des planques, il revendique son appartenance au groupe Etat islamique et rappelle qu’il souhaite mourir en « martyr » comme son frère.

La grande inconnue reste la cible qui pourrait avoir été attribuée à Salah Abdeslam à Paris. Après avoir déposé les kamikazes du Stade de France, le jeune bruxellois avait abandonné la voiture dans le nord du 18è arrondissement, avant de rejoindre Montrouge. 

Salah Abdeslam doit être jugé du 5 au 9 février à Bruxelles pour la fusillade de Forest, le 15 mars 2016. Il avait alors échappé de peu à une équipe de policiers français et belges, avant d’être rattrapé trois jours plus tard .

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