Cela reste un des mystères du dossier des attentats du 13 novembre, comment les terroristes ont-ils circulé sans être inquiétés entre la Syrie et l'union européenne ?

Passeports syriens falsifiés saisis  à Roissy Charles de Gaulle en septembre 2016
Passeports syriens falsifiés saisis à Roissy Charles de Gaulle en septembre 2016 © Maxppp / IP3/ Vincent Isoire

On sait aujourd'hui que plusieurs d'entre eux, dont deux des kamikazes du Stade de France, ont voyagé avec de faux papiers syriens, mais aussi qu'un des kamikazes de Bruxelles s'est procuré dans son propre pays, la Belgique, une fausse carte d'identité. Un trafic de faux papiers organisé en Europe qui avait pour destination la Grèce, mais aussi la Turquie et la Syrie.

Une première officine est démantelée l'an dernier par la police belge, avec 2 000 bénéficiaires de faux documents, en particulier des migrants qui achetaient pour 500 euros une pièce d'identité.

Une autre filière, démantelée en décembre 2015, intéresse toujours les enquêteurs. Deux hommes en provenance de Belgique arrivent à Istanbul en Turquie. Lors de leur contrôle à l'aéroport, les policiers découvrent dans leurs bagages 150 passeports français cachés dans cinq mini fours à pizza. Contrairement à ce qui a été affirmé dans un premier temps, il s'agit bien de vrais documents qui ont été volés quelques semaines auparavant en région parisienne, probablement regroupés chez un receleur. Des documents à destination de la Syrie, destinés à permettre à des combattants de rentrer en Europe. Les deux hommes d'origine kurde et syrienne sont arrêtés et renvoyés en Belgique où ils sont connus pour leurs liens avec la mouvance radicalisée. Aujourd’hui les enquêteurs cherchent à mettre la main sur le receleur français.

En 2014, près de 1 500 faux papiers d'identités ont été saisis par la police, plus de 30% d'entre eux sont volés ou utilisés à l'insu de leur propriétaire.

Le groupe Etat islamique fabrique lui-même des faux papiers

On sait aujourd’hui que les terroristes du 13 novembre en France et du 22 mars en Belgique ont pour certains pris la route des migrants. En passant par la Grèce avec de faux papiers. De faux papiers fabriqués par le groupe Etat islamique ou des faussaires européens qui transitent par la Turquie.

L’autre possibilité, expliquent les services de renseignements, est de se servir des passeports des djihadistes français présents dans la zone irako- syrienne. Car dès leur arrivée là-bas, tous les documents sont confisqués. Peuvent être alors utilisés, soit les papiers d’identité des morts aux combats, soit des documents sont "prêtés" à d’autres, en raison de ressemblance physique.

Selon Interpol, l’organisation internationale de police qui regroupe 190 pays, le groupe état islamique aurait détenu plus de 200 000 documents vierges ou volés.

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Une base de données sous-employée

Il y a deux ans, on est alors en 2014, Interpol alerte les gouvernements sur l’importance des contrôles aux frontières et sur la nécessité d’alimenter la base de données que l’organisation a créé après le 11 septembre 2001. Appelée SLTD (pour Stolen and Lost Travel Documents database) elle possède aujourd’hui 68 millions de données enregistrées venant de 174 pays. A l’époque le Wall Street Journal précisait qu’un milliard de voyageurs avait probablement pris l’avion sans que leur passeport ne soit passé au crible de ce fichier.

Entre janvier et septembre dernier, plus d’un milliard deux cent millions de consultations ont été réalisées sur la base d’Interpol. 115 000 personnes utilisant un document d’identité qui n’était pas le leur ont ainsi été détectées.

Avant les attentats de novembre 2015, tous les ressortissants de la zone Schengen circulaient dans les pays de l’Union sans quasiment jamais de contrôle. Quant aux passagers venant des autres pays, les contrôles aux frontières, en particulier aux aéroports, étaient la plupart du temps aléatoires. Le terroriste Abdelhamid Abaaoud, un des membres du commando des terrasses à Paris, s’était d’ailleurs vanté, dans une des revue de l’organisation terroriste, d’avoir voyagé librement entre la Syrie, la Grèce et son pays d’origine, la Belgique. Expliquant qu’il avait pu même y séjourner début 2015 alors qu’il était recherché.

Depuis les attentats en France et en Belgique les contrôles dans les aéroports ont été renforcés. Logiquement tous les passagers arrivant d’un pays hors union européenne voient leur passeport examinés. En zone Schengen certains vols sont eux ciblés.

Le trou noir des documents perdus

Reste un hic, ces bases de données, qu’elles soient Interpol, le fichier des objets volés ou le fichier Schengen, ne répertorient pas les documents perdus. Si vous perdez votre passeport ou votre carte d’identité, quelqu’un pourra donc l’utiliser sans qu’une quelconque alerte se déclenche. Tout simplement car les déclarations de perte sont enregistrées à part soit sur Quo Vadis pour les passeports, soit au sein des préfectures pour les cartes d’identités.

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