Les enquêteurs vont exploiter la liste des migrants entrés par la Grèce à l’été 2015 notamment pour vérifier si d’autres terroristes ont pu se glisser en Europe.

Hommage aux victimes du 13 novembre devant le Bataclan à Paris
Hommage aux victimes du 13 novembre devant le Bataclan à Paris © Radio France / Olivier Bénis

Les juges antiterroristes ont reçu le 23 mars un disque dur d’Athènes, en réponse à leur commission rogatoire internationale envoyée le 9 juin dernier. Le juge Christophe Tessier, premier saisi dans l’enquête sur les attentats du 13 novembre, demandait aux autorités grecques de bien vouloir lui fournir tous les éléments d’identification des migrants ayant transité par leur sol entre le 1er août et le 12 novembre 2015.

Premier objectif : finir de déterminer les points de passage du commando qui a semé la mort et la terreur à Paris le 13 novembre, faisant 130 morts et près de 700 blessés. L’enquête a déjà permis d’établir qu’une bonne partie d’entre eux avait profité de l’afflux massif de réfugiés pour rejoindre l’Europe.

Le coordonnateur des attaques de Paris, Abdelhamid Abaaoud (mort dans l’assaut de Saint-Denis le 18 novembre), a utilisé pour cela un « éclaireur ». Un soldat du groupe Etat islamique, actuellement détenu en Allemagne, a été le premier envoyé sur la route des migrants en juin 2015. Après chaque passage de frontière, Bilal Chatra, via le réseau social Facebook, renseignait Abaaoud sur les moyens de transport, les délais d’attente et l’accueil des réfugiés. Il a aussi ouvert la route à Ayoub El Khazzani, le tireur du Thalys, miraculeusement maîtrisé le 21 août 2015 dans le train Amsterdam-Paris. Abaaoud lui-même serait entré en Europe le 18 juillet 2015.

D’autres terroristes sur le sol européen ?

Cette utilisation de la vague migratoire par les terroristes avait été mise en évidence très vite après les attentats de Paris, quand il était apparu que deux terroristes du stade de France, porteurs de faux passeports syriens, étaient entrés par l’île de Leros le 3 octobre 2015. Dans le même groupe de migrants, deux autres hommes soupçonnés de faire partie du commando, un Algérien et un Pakistanais, ont été interceptés en route : arrêtés une première fois par la Grèce puis relâchés, puis arrêtés en Autriche pour détention de faux papiers, ils ont finalement été remis à la France, mis en examen et écroués en juillet dernier.

A l'époque, le parti Siriza vient d'arriver au pouvoir en Grèce et, dans son bras de fer avec la commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI), a choisi d'ouvrir ses frontières. Les migrants sont alors près de 200 000 par mois à entrer dans l'espace Schengen.

Désormais en possession de ces éléments sur les milliers de personnes qui ont fait la traversée entre la Turquie et la Grèce à l’été 2015, les enquêteurs tentent toujours de déterminer si d’autres terroristes du groupe Etat islamique ont pu s’évanouir dans la nature. En juin, selon les termes de la demande adressée à la Grèce, le juge Teissier estimait encore « très vraisemblable, voire certain, que d’autres terroristes se trouvent actuellement sur le sol européen, prêts à passer à l’action ».

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