Les avocats de parties civiles par Thomas Mélandre
Les avocats de parties civiles par Thomas Mélandre © Esba TALM - Angers

Les débats sont désormais clos. Me Macéra, l’un des deux représentants du couple Iramuno, parties civiles, est le premier à prendre la parole pour sa plaidoirie :

Nous sommes ici pour juger si un médecin peut, tout simplement parce qu’il l’a décidé, abréger la vie de patients qui ne sont pas en mesure de donner leur consentement. C’est la question à laquelle vous allez devoir répondre et c’est la question que nous nous posons par rapport au cas de Françoise Iramuno.

Madame Iramuno avait 86 ans, elle vivait une retraite paisible après de nombreuses années de travail à St Jean de Luz où elle avait été une commerçante bien connue et appréciée de tout le monde.

Nous sommes le 6 avril 2011, c’est le début d’après-midi, madame Iramuno est allongée sur son lit. Elle est calme. Son fils est passé la voir le matin, il a laissé son numéro de téléphone portable. Elle ne souffre pas, elle est détendue, sereine, apaisée, elle n’a pas de lésion cutanée, pas de signe de souffrance, elle n’a pas de difficulté respiratoire, pas de gasp.

Mais monsieur Bonnemaison sait que madame Iramuno ne sera pas là le lendemain. Alors monsieur Bonnemaison lance un pari sur un gâteau au chocolat. Il est environ 14h30 et monsieur Bonnemaison sait que madame Iramuno n’a plus que quelques minutes à vivre.

Vers 15 heures, les choses s’accélèrent. Nicolas Bonnemaison pénètre dans la salle du personnel soignant, sans parler. On peut imaginer entendre ce bruit de l’ampoule qui est inspirée. Nicolas Bonnemaison se dirige alors vers la chambre de Mme Iramuno. Il en ressort 2 ou 3 minutes après avant de disparaître et après avoir réalisé un acte d’une violence inouïe.

On a volé à cette patiente la possibilité d’être accompagnée par sa famille. On a volé à cette famille la possibilité de l’accompagner. Nous sommes le 6 avril 2011, il est 15h15, Mme Iramuno vient de décéder et Nicolas Bonnemaison vient de gagner son pari. Vous aurez à juger ce geste, un geste froid, secret, violent, calculé et prémédité, un geste qui a causé des souffrances énormes.

La loi ne s’arrête pas aux portes de l’hôpital, même dans un contexte de fin de vie. On tue lorsqu’on abrège toute vie une fin de vie.

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