L'association, qui intervenait depuis 45 ans en détention dans une mission de réinsertion, se saborde en expliquant que la lutte ne peut être aujourd'hui "que révolutionnaire" pour "l'abolition de la taule et de toutes les formes d'enfermement".

2007 :  à la maison d'arrêt de Mulhouse, des membres du Genepi interviennent auprès des mineurs
2007 : à la maison d'arrêt de Mulhouse, des membres du Genepi interviennent auprès des mineurs © Maxppp / L'Alsace / Jean-Paul Domb

Le communiqué est tombé brutalement sur les réseaux sociaux lundi soir soir. Titré en lettres capitales "DISSOLUTION DU GENEPI", il développe un long texte pour expliquer que l’association, depuis sa création en 1981, a collaboré "avec l’administration pénitentiaire" pour organiser "des activités en prison, qui ont participé à l’illusion de conditions d’incarcération plus humaines" et pour permettre "à des étudiants bourgeois de grandes écoles de s’acheter une bonne conscience et de servir leur voyeurisme sous couvert de charité tout en les formant à devenir de futurs membres du système police-justice-prison"

Et les autrices* de ce communiqué de dissolution expliquent encore qu’elles refusent de "répondre aux attentes d’institutions racistes, classistes et patriarcales. Notre perspective de lutte ne peut être que révolutionnaire, son but est l’abolition de la taule et de toutes les formes d’enfermement", et elles promettent "d’autres moyens de luttes, réellement féministes et anticarcéraux"

Pour les anciens du Genepi, cette dissolution est un coup d'état de l'intérieur. Même si le couperet tombé lundi n’est que le résultat d’une évolution progressive du mouvement vers des thèses radicales depuis déjà plusieurs années. 

2011, premier virage du Genepi

Fondé en 1976, le Genepi (Groupement Étudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées) est une idée de Lionel Stoléru, proche conseiller du président Valéry Giscard d’Estaing, pour répondre à une longue vague de mécontentement des détenus, marquée par plusieurs mutineries violentes dans une quarantaine d’établissements pénitentiaires. Ils sont 120 bénévoles la première année et deviennent très vite un millier de jeunes étudiants à consacrer plusieurs heures par semaine pour intervenir en détention. 

D'abord, les génépistes participent à l’enseignement en détention. Mais en 2011, l'association prend un premier virage en refusant de continuer à "collaborer à l’effort public de réinsertion" pour désormais "agir en faveur du décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les personnes incarcérées, le public et ses bénévoles". Le Genepi devient le poil à gratter des institutions. 

"Il fallait souvent se battre avec l’administration" se souvient Amélie Morineau, génépiste pendant quatre années, avant de devenir avocate. "Par exemple pour obtenir que nos entretiens ne se déroulent jamais en présence d’un surveillant pénitentiaire". Mais elle se souvient aussi de la très grande diversité des quelques 60 étudiants qu’elle a formés."Ils provenaient de tous les milieux : il n’y avait pas que des 'bourgeois des grandes écoles', il y avait aussi des boursiers, il y avait des chrétiens, il y avait des contestataires et des abolitionnistes aussi, mais tous ont dépassé leurs préjugés, sont allés au-delà des apparences et ont appris"

2019, fin de l'agrément et de la subvention

Souvent, le Genepi saisit le contrôleur des lieux de privation de libertés (CGLPL) ou le défenseur des droits et, au fil des années, des régimes politiques, des conditions carcérales qui se durcissent (surpopulation croissante, régimes sécuritaires resserrés, allongement des peines, etc.), les relations se tendent avec les pouvoirs publics. 

En 2019, un premier couperet tombe : l’administration pénitentiaire ne renouvelle pas l’agrément qui permettait au Genepi de recevoir un budget de 50 000 euros par an. Plusieurs publications avaient froissé le ministère l’année précédente, avec des titres comme "L’État enferme, la prison assassine" ou encore "La prison nuit gravement à la société". 

"Il n'est pas cohérent pour nous de subventionner une association qui s'attaque aux fondements mêmes de notre institution", expliquait alors la chancellerie à Libération. Les actions en détention du Genepi sont progressivement abandonnées par une direction qui entre en rébellion avec le "système police-justice-prison". Fini les assemblées générales regroupant 800 bénévoles dans les amphis de la fac de Nanterre, ils n’étaient plus que 40 en 2019 pour voter la fin des activités historiques du Genepi en détention. 

Les anciens génépistes admettent avoir certainement commis des erreurs dans le passé  ("qui n’en commettrait pas à 20 ans ?" s’interroge Amélie Morineau), mais "pourquoi la direction actuelle n’a-t-elle pas choisi de démissionner plutôt que saborder l’association ?" se demandent d’anciens bénévoles sur les réseaux sociaux. Et tous ressentent aujourd’hui beaucoup de tristesse, et de colère. Comme le souligne Maitre Eolas sur Twitter : "La droite dure et sécuritaire a rêvé durant des décennies d’avoir la peau du Genepi. Des imbéciles qui faute d’obtenir tout, n’obtiendront jamais rien de leur vie leur ont fait ce cadeau. Soyez maudits."

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*L’actuelle direction du Genepi que nous avons contactée ne nous a pas répondu.

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