Dans la famille Merah, la cour a entendu ce mardi l'ex-compagne et le fils d'Abdeghani, grand frère de Mohamed et Abdelkader. Ils ont livré un témoignage bouleversant.

Me Eric Dupont-Moretti, avocat d'AbdelKader Merah, lors du procèS
Me Eric Dupont-Moretti, avocat d'AbdelKader Merah, lors du procèS © AFP / LIONEL BONAVENTURE

Elle est la première à venir témoigner à la barre. Anne, 39 ans, très jolie brune aux yeux bleus, travaillant dans la petite enfance. Anne a été la compagne d'Abdelghani Merah, l'aîné de la famille, qu'elle avait rencontré à l'âge de 16 ans. Anne et Abdelghani ont eu ensemble un fils, aujourd'hui âgé de 21 ans. Il se prénomme Théodore, s’avance en second, costume sombre-chemise blanche, se présente comme étudiant en classe préparatoire aux grandes écoles de commerce. Théodore a la gorge nouée, à quelques mètres de son oncle AbdelKader Merah, qu’il regarde. 

A 11 ans, "Kader a été le premier à m’impliquer dans l’islam", raconte-t-il, d’une voix tremblante.  "Il évoquait surtout le djihad intellectuel, et j’aimerais insister sur un point, pour se préparer à mourir pour Dieu, il voulait m’emmener faire le tour des morts". Mohamed a pris le relais, lui a "parlé directement de son projet de mort", lui a expliqué "pourquoi des actes de terrorisme se passaient". Il lui disait que "c'était un moyen de défense, et non une attaque, vu toutes ces personnes persécutées dans le monde". Théodore dit que "Mohamed évoquait beaucoup ces conflits" avec sa sœur "Souad, prête à mourir en martyr avec ses propres enfants". 

Des vidéos d'exécutions et de décapitations entre deux parties de Call of Duty

Puis, Mohamed Merah a commencé à inviter son jeune neveu Théodore, à jouer à la console. Et c'est ainsi qu'il lui a montré des dizaines de vidéos d’exécutions et de décapitations, entre deux jeux de Call of Duty. Jusqu’à ses 14 ans, Mohamed et Souad Merah ont aussi emmené Théodore à la mosquée tous les vendredis, et Abdelkader a voulu lui présenter l'émir blanc d'Artigat, Olivier Corel. "C’est peut-être lui qui a donné le feu vert" pour commettre les attentats de Toulouse et de Montauban, dit Théodore à la barre, persuadé que son oncle Mohamed n’était "pas un loup solitaire", que "Kader et Souad étaient derrière". Après les attentats de Montauban, Théodore confie qu'il a tout de suite pensé à son oncle Mohamed, à cause de l'arme du tueur au scooter, la même que celle que possédait Mohamed Merah, qui n'avait pas hésité à lui en présenter. Un jour, Théodore, enfant, avait vu "une kalach, Mohamed lui avait proposé un home-jacking". Le petit Théodore avait alors eu peur.

Dans la salle d’audience, Anne, la maman de Théodore pleure, elle qui a raconté quelques heures plus tôt à la barre, que toute la famille Merah l’avait traitée de "sale Française", et certains de "sale juive". Inquiète des cauchemars que faisait son fils, c'est elle qui l'a arraché des mains de ses oncles et tante, quand il avait 14 ans. "Garde-le ton bâtard", lui avait alors lâché Mohamed Merah.

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