Mélina Boughedir, Française de 27 ans, doit être rejugée dans deux jours à Bagdad. Elle risque cette fois la peine de mort, pour avoir rejoint Daech à Mossoul avec son mari en 2015. Ses trois avocats français doivent venir l'assister pour son nouveau procès, alors que l'Irak prône la sévérité pour tous les djihadistes.

A Bagdad, une djihadiste française, rejugée en appel le 3 juin, risque la peine de mort
A Bagdad, une djihadiste française, rejugée en appel le 3 juin, risque la peine de mort © Radio France / Sophie Parmentier

À Bagdad, les djihadistes occidentaux sont devenus un casse-tête pour les autorités, tant ils sont nombreux à avoir été capturés l'été dernier à Mossoul. Par centaines, ils sont maintenant jugés devant une cour pénale centrale, où une jeune mère de famille française va comparaître une nouvelle fois devant des juges irakiens, après un premier procès en février dernier. 

Mélina Boughedir, maman de quatre jeunes enfants, dont les trois aînés sont rentrés en France, avait alors affronté un tribunal plutôt clément. Elle avait été jugée uniquement pour entrée illégale sur le territoire, pour avoir accompagné son mari dans les rangs de l'organisation État Islamique, en 2015. Le tribunal l'avait condamnée à sept mois de prison avec sursis et elle était sur le point de rentrer en France, sa peine ayant déjà été effectuée. Mais la cour de cassation irakienne a finalement estimé qu'il y avait des charges terroristes contre Mélina Boughedir : elle va donc être rejugée, et risque cette fois la peine capitale.

"D'abord on les accuse. Ensuite, on enquête"

La police irakienne estime que tous ceux qui ont été capturés lors de la chute de Mossoul sont d'abord suspects. "D'abord, on les accuse", explique le général Saad Maan, porte-parole du Ministère de l'Intérieur irakien. 

Le général Saad Maan, porte-parole du ministre de l’intérieur irakien : "Les djihadistes sont des ennemis"
Le général Saad Maan, porte-parole du ministre de l’intérieur irakien : "Les djihadistes sont des ennemis" © Radio France / Sophie Parmentier

"Ensuite, on enquête. On recueille des témoignages, on cherche des preuves matérielles, des vidéos, des images" montrant l'appartenance au groupe État Islamique, détaille ce petit homme aux cheveux gominés et à l'oeil rieur, derrière son large bureau de bois. Sur une petite table basse, sa collection de maquettes de voitures à gyrophares, et d'hélicoptères. "Ces djihadistes sont nos ennemis, mais en attendant leur procès, on les traite en respectant les droits de l'homme. On leur donne de la nourriture, des vêtements et des médicaments en prison", insiste-t-il.

Dans un autre vaste bureau, au siège du tribunal fédéral, le juge Abdul Satar Bayraqdar martèle qu'il faut être sévère avec ces djihadistes occidentaux. La justice irakienne n'est en rien expéditive et arbitraire, selon lui. "Ce qui m'importe en tant que juge, c'est que personne ne soit jugé sans qu'il n'y ait la preuve et la conviction du tribunal qu'un crime a été commis contre le peuple irakien", dit-il, un chapelet musulman à la main. "C'est pour cette raison qu'on donne les peines les plus sévères. Le magistrat, qui est aussi le porte-parole de la cour pénale centrale de Bagdad, clame : 

C'est possible que ça paraisse extrêmement sévère du point de vue des Européens. Mais croyez-moi, s'il n'y avait pas ces peines exemplaires, ces djihadistes reviendraient vous attaquer. Laissez-nous les juger comme il faut 

Le juge Bayraqdar, porte-parole de la cour pénale centrale de Bagdad, demande aux occidentaux de laisser l'Irak juger les djihadistes étrangers "comme il faut"
Le juge Bayraqdar, porte-parole de la cour pénale centrale de Bagdad, demande aux occidentaux de laisser l'Irak juger les djihadistes étrangers "comme il faut" © Radio France / Sophie Parmentier

C'est donc devant cette cour, que Mélina Boughedir sera rejugée dimanche matin. Ses trois avocats français, William Bourdon, Vincent Brengarth et Martin Pradel doivent atterrir à Bagdad dans les prochaines heures pour l'assister dans sa défense, aux côtés d'un avocat irakien commis d'office, qui aura seul le droit de plaider. Avocat, qui, à deux jours du procès, n'a toujours pas eu le droit de rencontrer sa cliente, dans la prison où elle est détenue, avec son bébé.

Le siège du tribunal fédéral irakien, à Bagdad
Le siège du tribunal fédéral irakien, à Bagdad © Radio France / Sophie Parmentier
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