Le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) juge depuis mardi un couple d'Indiens, leur fils et son ex-compagne. Ils sont accusés d'avoir logé dans des conditions souvent indignes des dizaines de leurs compatriotes en situation irrégulière. Les prévenus ont reconnu leur responsabilité à des degrés divers.

Les prévenus en compagnie de l'un de leurs avocats, au tribunal de grande instance de Bobigny, le 9 avril.
Les prévenus en compagnie de l'un de leurs avocats, au tribunal de grande instance de Bobigny, le 9 avril. © Radio France / Lorélie Carrive

"Cela fait 39 ans que je suis en France, je n'ai jamais fait de mal à qui que ce soit", insiste le premier prévenu appelé à s'expliquer devant le tribunal. Turban violet, longue barbe blanche, le sexagénaire d'origine indienne s'exprime avec l'aide d'un interprète. Aujourd'hui retraité, il a dirigé pendant vingt ans une entreprise de bâtiment spécialisée dans l'isolation. Il se présente aussi comme un membre important de la communauté sikh. "On me connait partout", assure-t-il.

Il comparaît devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) aux côtés de son épouse, drapée dans un long voile turquoise. La justice les soupçonne entre autres de "soumission de personnes vulnérables ou dépendantes à des conditions d'hébergement indignes" et "aide au séjour". Deux pavillons leur appartenant, à Drancy et au Bourget, ont été divisés en logements loués à des ressortissants indiens, en situation irrégulière dans la quasi totalité des cas.

À six dans 14 mètres carrés

Humidité, moisissure, chaleur étouffante, cafards, pièces sans fenêtre... La juge qui mène l'audience énumère les éléments d'insalubrité constatés par les autorités dans la maison du Bourget. Cinquante-deux personnes y vivaient, certaines entassées à six dans 14 mètres carrés, pour un loyer de 600 euros. Les locaux initialement destinés aux vélos et aux poubelles avaient été transformés illégalement en logements.

S'il reconnaît que les lieux étaient "dans un état moyen", le père de famille minimise sa responsabilité. Il concède des problèmes au niveau des systèmes d'aération et de ventilation, mais pour le reste, ce sont les locataires qui ont dégradé l'endroit, selon lui. "Vous remettez en cause le diagnostic de l'Agence régionale de santé sur l'insalubrité des logements ?", demande la juge. "Les locataires sont heureux", répond le retraité : "S'ils me demandent de faire quelque chose (ndlr : des travaux), je le fais". 

Interrogé sur les contrats de location dont bénéficient certains occupants, il explique également que ceux-ci possédaient des papiers "italiens, espagnols et européens", et qu'il ignorait par conséquent que ses locataires se trouvaient en situation irrégulière. Les loyers étaient récoltés chaque mois par "un gardien officieux", selon l'accusation.

Son épouse, elle, dit n'avoir été au courant de rien. Également poursuivi pour avoir logé des sans-papiers dans un pavillon de Bobigny et ce, sans déclarer de revenus, son fils a reconnu sa responsabilité. Le procès se poursuit mercredi. 

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