La famille de Steve, disparu après une violente charge des forces de l'ordre sur les quais de Loire à Nantes, le soir de la Fête de la Musique, est toujours sans nouvelles de ce jeune homme de 24 ans. Au-delà de la rue, c'est désormais sur les réseaux sociaux que ses proches se mobilisent. Nous les avons rencontrés.

 Sur le quai Wilson, à Nantes, des graffitis à l'effigie de Steve, 24 ans, porté disparu après une charge policière sur les lieux le 21 juin dernier
Sur le quai Wilson, à Nantes, des graffitis à l'effigie de Steve, 24 ans, porté disparu après une charge policière sur les lieux le 21 juin dernier © AFP / Loic Venance

La famille de Steve Maia Caniço, qui se trouvait dans la foule violemment dispersée par les forces de l'ordre le 21 juin dernier, sur les quais de Loire à Nantes, vient de se constituer partie civile, pendant que ses proches et de nombreux autres comptes Twitter relaient massivement le hashtag #OuEstSteve sur les réseaux sociaux. 

Pour disperser un rassemblement techno qui se tenait alors sur le Quai Wilson en ce soir de Fête de la Musique, la police avait employés des moyens importants, voire disproportionnés selon les personnes sur place : des Lanceurs de Balles de Défenses (LBD), mais aussi des grenades lacrymogènes et de désencerclement, selon eux pour contrer des jets de projectiles… Au moins 14 personnes sont tombées dans la Loire au moment de cette charge et depuis, Steve, âgé de 24 ans, et dont la famille assure qu'il ne savait pas nager, n’a plus donné signe de vie.

Des après-midi entiers à scruter la Loire

Ses amis, ses proches ont bien tenté d’obtenir des réponses, mais dénoncent un silence politique assourdissant. Sur le quai Wilson, trois semaines après les faits, le seul bâtiment désaffecté appelé le "Bunker" est recouvert de tags à l'effigie du disparu.

Tags sur le quai Wilson de Nantes, le 15 juin 2019, près de trois semaines après la disparition de Steve Caniço
Tags sur le quai Wilson de Nantes, le 15 juin 2019, près de trois semaines après la disparition de Steve Caniço © AFP / Loic Venance
Des tags s'affichent sur les quais de la Loire, trois semaines après la disparition de Steve, 24 ans, à la suite d'une charge des forces de l'Ordre. Sa famille, elle, s'est constitué partie civile.
Des tags s'affichent sur les quais de la Loire, trois semaines après la disparition de Steve, 24 ans, à la suite d'une charge des forces de l'Ordre. Sa famille, elle, s'est constitué partie civile. © AFP / Loic Venance

Charlotte avait quitté les lieux, ce soir-là, avant la charge policière : 

"Entre là et l'eau, il n'y a que 24 mètres. Donc faire une charge ou même gazer des gens de nuit, sans garde-fou, c'est s'assurer qu'il y a des gens qui vont tomber dans l'eau."

Face au silence qui entoure l'affaire, sa voix s'étrangle quand elle accuse les responsables politiques : "Du coup, je me dis 'Quoi, on cautionne?' Même si on attend le rapport d'enquête, je comprends, mais on peut avoir aussi de l'empathie pour la famille de Steve, [ceux] qui sont complètement dans le désarroi."

Les amis de Steve aussi sont touchés, comme Maël, 19 ans, qui passe tous ses après-midi sur les quais à scruter la Loire : "C'est vraiment horrible d'être sur les quais à attendre et de pas savoir ce qui s'est passé, de pas savoir où il est, on n'a aucun indice, rien. Les pompiers, la police, ils nous disent rien, et là, ça va faire bientôt un mois."

 Avis de recherche placardé sur les quais de Nantes par la famille de Steve Cariço, disparu depuis le 21 juin
Avis de recherche placardé sur les quais de Nantes par la famille de Steve Cariço, disparu depuis le 21 juin © AFP / Loic Venance

Maël se refait sans cesse le film de la soirée, sans comprendre la réaction des forces de l'ordre : "Pour moi c'est de la faute de la police, après il y a aussi des gens qui ont jeté des projectiles sur la police... Mais la police n'avait vraiment pas à faire ça, sachant que c'est en bord de Loire, c'est super dangereux."

"Derrière leurs uniformes, ils ont aussi des familles, ils ont des enfants. Nous aussi on est humains, on n'est pas des animaux… Je comprends pas."

Dans un courrier adressé au préfet, Johanna Rolland, la maire PS de Nantes demande à ce que la lumière soit faite sur les circonstances de l’intervention et sur les responsabilités qui doivent être établies. La préfecture de Loire-Atlantique, elle, ne fait pas de commentaires.

Trois enquêtes ouvertes au total

Ce mardi 16 juillet, le procureur a ouvert deux enquêtes parallèles. La première, pour "mise en danger de la vie d'autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique", a été confiée à l'IGPN (qui mène déjà une enquête administrative dans la même affaire) et concerne la charge des policiers dans la nuit du 21 juin. La seconde, à l'inverse, fait suite à la plainte de dix policiers : il s'agit d'une enquête pour "violences sur personne dépositaire de l'autorité publique".

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