Plus d'un mois après la disparition à Nantes de Steve Caniço, survenue après une intervention controversée des forces de l'ordre lors de la Fête de la musique, le corps retrouvé lundi dans la Loire a été bien été identifié comme celui du jeune homme.

 La section de la Loire, à Nantes, près du quai Wilson, dernier endroit où avait été vu Steve Caniço, disparu le 21 juin dernier.
La section de la Loire, à Nantes, près du quai Wilson, dernier endroit où avait été vu Steve Caniço, disparu le 21 juin dernier. © AFP / LOIC VENANCE

Plusieurs heures après avoir été retrouvé dans la Loire la veille, non loin de l'endroit où Steve Caniço avait disparu, le corps très abîmé retrouvé par les forces de l'ordre a bien été identifié, après l'autopsie effectuée ce mardi matin, comme la dépouille de ce garçon que sa famille et ses proches s'employaient à rechercher depuis plus d'un mois. Peu avant, le procureur avait annoncé qu'une information judiciaire "contre X" pour "homicide involontaire" avait été ouverte.

Une source proche de l'enquête explique que "C'est un bateau Navibus (service public de transport en commun, NDLR) qui voguait sur la Loire qui a repéré le corps". Il portait au moins un bijou qui devait être soumis à la famille du jeune homme, "des chaînes en or autour du cou". 

Un rapport n'établit pas de lien entre l'intervention des forces de l'ordre et la disparition de Steve 

Selon un rapport de l'inspection générale de la police, "Il ne peut être établi de lien entre l'intervention des forces de police et la disparition de Monsieur Steve Caniço", a annoncé Edouard Philippe, qui s'est exprimé un peu après 16h. Le Premier ministre a également décidé de _"saisir aujourd’hui l’inspection générale de l’administration, pour aller plus loin"_. Les conclusions sont attendues sous un mois. 

Edouard Philippe a reconnu qu'il restait des "questions" et des "interrogations" : "plus de cinq semaines après les faits, le déroulement de cette soirée, _l’enchaînement des faits reste confus_"

"Je voudrais exprimer mon émotion, celle du gouvernement", a dit Edouard Philippe qui a annoncé qu'il rencontrera prochainement les parents de Steve avec le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, "pour leur témoigner de notre soutien et de notre volonté de transparence totale"

Une soirée confuse

La disparition du jeune homme de 24 ans avait coïncidé avec une intervention controversée des forces de l'ordre dans la nuit du 21 au 22 juin. Des échauffourées avaient éclaté vers 04h30 entre participants à un concert techno et policiers venus exiger l'arrêt de la musique sur le quai Wilson, un endroit sans parapet de l'île de Nantes, sur la Loire. 

La Fête de la musique s'était achevée dans la confusion. De nombreux participants ont relaté avoir été aveuglés par un nuage de gaz lacrymogène, certains ont chuté dans le fleuve. Quatorze personnes ont ainsi été repêchées par les secours durant la nuit. La police affirme elle qu'il n'y a eu "aucune charge" des forces de l'ordre, visées selon elle par des projectiles.  

Steve Maia Caniço, animateur périscolaire, n'a plus donné signe de vie depuis cette nuit-là et selon ses proches, il ne savait pas nager. Après des premières recherches infructueuses, le procureur Sennès avait annoncé la semaine dernière le recours à un sonar pour tenter de retrouver le corps du jeune homme. 

Colère des proches

Depuis cette disparition, de nombreuses pancartes demandant "Où est Steve" s'affichent dans les rues de Nantes et d'ailleurs. Une fresque faisant le portrait du jeune homme a été peinte sur le mur d'un vaste hangar. Le 20 juillet, des centaines de manifestants s'étaient rassemblés un mois après cette disparition, formant une chaîne humaine le long de la Loire puis observant une minute de silence les bras levés. "Où est Steve?" et "Justice pour Steve!", avait scandé la foule à plusieurs reprises. 

Cinq procédures sont en cours, dont une enquête administrative conduite par l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) et dont les conclusions devraient être rendues cette semaine au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. L'IGPN avait été saisie le 24 juin pour faire la lumière sur les opérations de maintien de l'ordre à Nantes, à l'occasion de la Fête de la musique. 

Le Défenseur des droits Jacques Toubon s'est également auto-saisi pour enquêter sur cette soirée à l'issue dramatique.  

La maire de Nantes demande que "toute la lumière" soit faite

La maire de Nantes, Johanna Rolland a elle réagi ce mardi sur son compte Twitter à la suite de l'identification du corps de Steve après une autopsie : "Toute la lumière doit être faite rapidement, au travers des différentes enquêtes en cours, sur les circonstances de la disparition de Steve, sur le décès de ce jeune homme et sur les motivations et les modalités d'intervention des forces de l'ordre."

De son côté, le député La France Insoumise Eric Coquerel a réclamé sur BFMTV l'ouverture d'une commission d'enquête : "L'IGPN ne réglera pas la question, on estime depuis longtemps que ce n'est pas à la police d'enquêter sur la police. Nous demandons aussi une commission d'enquête sur les circonstances globales qui sont arrivées ce soir-là".

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