Deux journalistes ont à nouveau été entendus, l'un pour avoir publié un document secret-défense, l'autre pour avoir révélé l'identité d'un membre des forces spéciale. C'est la Direction Générale de la Sécurité Intérieure qui est chargée de gérer ces dossiers ouverts par le Parquet de Paris.

Plusieurs journalistes ont été convoqués au siège de la DGSI, à Levallois-Perret (Illustration).
Plusieurs journalistes ont été convoqués au siège de la DGSI, à Levallois-Perret (Illustration). © AFP / Gérard Julien

La série se poursuit. Après la convocation de plusieurs journalistes ces derniers jours, deux confrères ont à nouveau été entendus au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure, à Levallois-Perret. Ce mardi, c'est Michel Despratx, du site d'investigation Disclose, qui a été interrogé à propos de la publication d'un document confidentiel concernant les armes françaises vendues à l'Arabie Saoudite et ayant servi à la guerre au Yémen. Une affaire pour laquelle notre collègue de la cellule investigation de Radio France, Benoît Collombat, a déjà lui aussi été entendu. Mais jusqu'où les agents de la DGSI peuvent-ils aller pour enquêter ?

Mails et données téléphoniques

Dans ce premier dossier, c'est le ministère des Armées qui a porté plainte directement pour compromission du secret de la Défense Nationale. Sur le papier, les enquêteurs peuvent utiliser tous les moyens légaux à leur disposition pour chercher ce que les militaires considèrent comme une taupe, à partir des mails ou des données téléphoniques des journalistes

Le fait de chercher des sources quand il y a eu mise en danger d'une opération spéciale des services secrets ne gêne pas, sur le principe, les responsables syndicaux de la police que nous avons pu joindre. Mais pour l'un d'eux : "Là, ça n'a rien à voir : ça concerne un document qui est vrai et c'est quand même très politique."

Pour l'heure, personne ne sait jusqu'où sont allés les policiers au siège de la DGSI pour tenter de remonter la source des journalistes qui ont décidé de mettre ce document classifié secret-défense sur la place publique. On est encore au stade de l'enquête préliminaire, sous la direction du parquet antiterroriste qui gère ces affaires d'atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Pour l'instant, les mis en cause n'ont donc pas accès au dossier et à tous les actes d'enquêtes possibles effectués comme des écoutes, l'examen des fadettes, etc. 

Une plainte inédite en France

Le deuxième dossier sur le bureau des agents de la DGSI concerne la grande reporter du Monde, Ariane Chemin. La journaliste a été interrogée, ce mercredi, pour avoir donné l'identité et la fonction d'un membre des forces spéciales, à savoir Chokri Wakrim, mis en cause dans l'un des volets de "l'affaire Benalla", et qui a porté plainte.

Selon un proche du dossier, les enquêteurs ne cherchent pas ici la source des révélations de notre consœur. Ariane Chemin, qui s'est exprimée à la sortie de son audition, relève toutefois une forme d'ambiguïté dans la démarche des agents de la DGSI : "Ils m'ont posé beaucoup de questions sur la manière dont j'avais vérifié mes informations, façon indirecte de m'interroger sur mes sources."

Ariane Chemin a été entendue dans le cadre d'une procédure ouverte pour une infraction liée à la récente loi antiterroriste qui protège le nom et la fonction de certains agents. Jusque-là, cela ne concernait que les espions en opération. "Il n'y a aucune jurisprudence sur le sujet, confirme l'avocat de la journaliste du Monde Christophe Bigot. C'est une disposition qui figure dans un texte général sur la déontologie des fonctionnaires en Avril 2016 sous François Hollande (articles 413-414 du code pénal)." 

Pour l'avocat parisien, spécialiste du droit de la presse, la justice devra donc dire si dans ce cas précis, la protection du plaignant prévaut à celle du droit d'informer dans le cadre d'une affaire de contrat de sécurité privée avec un oligarque russe. Ariane Chemin encourt cinq ans de prison et 5 000 euros d'amende.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.