Interrogé une dernière fois par la cour d'assises de la Savoie sur le meurtre d'Arthur Noyer, au 5e jour de son procès, Nordahl Lelandais maintient ne pas avoir voulu donner la mort au jeune caporal. Même les questions insistantes de son avocat ne l'ont pas fait sortir de sa "carapace".

Me Jakubowicz a tenté d'aider son client, Nordahl Lelandais, a dire la vérité
Me Jakubowicz a tenté d'aider son client, Nordahl Lelandais, a dire la vérité © AFP / Philippe DESMAZES

"Le but n’est pas de vous faire avouer", prévient le président de la cour d'assises en début d’audience, "mais de voir tous les éléments cohérents et incohérents dans vos déclarations". Ainsi s’engage un long dialogue technique sur la base des aveux, des preuves, des témoignages des uns et des autres, mais l’accusé maintient le cap.  

- "Pourquoi ne pas avoir avoué tout de suite ?" 

- "J’ai pas eu le courage, c’était dur de dire qu’on a enlevé la vie à un homme, mais j’ai jamais cherché à tuer qui que ce soit. Jamais, jamais, jamais."  

- "Si c’est une mort accidentelle, pourquoi ne pas avoir appelé les secours", poursuit logiquement le président.  

- "À ce moment-là, j’aurais aimé avoir un manuel d’émotion", répond l’accusé. "J’étais dans la panique."  

- "Vous avez quand même la présence d’esprit d’éteindre vos téléphones portables… "

- "Oui, j’étais dans la panique. C’était pour qu’on ne sache pas que je suis là."  

- "Et ce créneau de deux heures pendant lequel vous vous débarrassez du corps ?"  

- "J’ai tourné en rond pour essayer de le déposer le corps à un endroit. J’ai roulé dans des petites routes, des petits chemins, en faisant des demi-tours, j’y suis allé mécaniquement. Je savais même pas quoi faire."  

- "Vous cherchiez un endroit discret ? Où on ne retrouverait jamais le corps ?" 

- "Je voulais juste le déposer quelque part." 

- "Vous auriez pu le laisser là où vous l’aviez tué ? On aurait pu lui offrir une sépulture digne !"  

- "Tout à fait d’accord avec vous, Monsieur le président… " 

Puis Nordahl Lelandais va être interrogé sur certains aspects similaires au dossier de la mort de Maëlys dans lequel il est mis en examen, il proteste un peu, fait comprendre que ce n’est pas encore l’heure de son procès dans cette affaire. Ses avocats n’interviennent pas. Semblant laisser s’installer un débat duquel pourra peut-être émerger une autre vérité.  

Et quand Me Jakubowicz prend le relais des questions, il s’installe à la barre "pour être bien en face de toi", précise-t-il à son client.  

Nordahl, tu es dans deux prisons là, celle de Saint-Quentin et ta tête. Aujourd’hui, c’est la dernière occasion. Comment tu expliques que ce type banal que tu étais va en quelques mois connaitre cette descente aux enfers qui va faire de toi l’ennemi public numéro 1 ?

- "Parce que je n’avançais pas dans ma vie…"

- "C’est un peu léger," réagit l’avocat. "Les gens qui vont te juger, il faut qu’ils comprennent."  

- "J’ai un peu du mal à expliquer", bloque l’accusé.  

- "Et on se contente de ça ?" répond l’avocat, déçu.   

Alors Me Jakubowicz se lance dans une dernière tentative.  

"Bon, tout cela apparait cohérent, mais ça n’a pas été ta version initiale. Tu sais que tu auras la parole en dernier, mais ça ne sera pas comme maintenant. Hier (jeudi), il s’est dit beaucoup de choses… les parents… tes amis… Ils ont tous dit la même chose. Alors, s’il y a un moment, c’est maintenant. Tu sais, ta version est cohérente, mais la famille ne la croit pas, et l’avocate générale non plus. Si cette version n’est pas la bonne, c’est le moment. Est-ce que les choses se sont passées comme tu l’as dit, où tu l’as dit, pour les raisons que tu as dites ? Tout cela, on en a déjà parlé, tu sais que c’est totalement indifférent de ta qualification pénale. Ça c’est mon problème d’avocat. La vérité, c’est ton problème. La famille de la victime, ils ont le droit de savoir ce qu’il s’est passé. S’il y a un mobile sexuel, ça change rien, tu seras pas plus lourdement condamné. Alors, je te repose la question pour la dernière fois : est-ce que tu as autre chose à dire ? Toi qui est responsable de la mort, toi qui as tué M. Noyer. À toi !"  

La salle d’audience retient son souffle. Mais pas longtemps. "Il n’y a rien de sexuel, rien du tout. Ce que j’ai dit, c’est ce qui s’est passé."  

Fin de cet interrogatoire crucial de l’accusé. Les débats reprendront lundi matin avec la déposition des experts psychologues et psychiatres qui ont examiné Nordahl Lelandais. Puis viendra mardi l’heure des plaidoiries et du réquisitoire. Le verdict est attendu mercredi au plus tard.