Le comédien et sa compagne comparaissent depuis le 26 mars et jusqu’au 3 avril devant le tribunal correctionnel de Paris. Dieudonné est jugé pour fraude fiscale, blanchiment, abus de biens sociaux et organisation frauduleuse de son insolvabilité. Il a fait valoir son droit au silence.

Dieudonné, Noémie Montagne (à gauche) et leurs avocats, le 27 mars 2019 au tribunal de grande instance de Paris.
Dieudonné, Noémie Montagne (à gauche) et leurs avocats, le 27 mars 2019 au tribunal de grande instance de Paris. © Radio France / Lorélie Carrive

Il y a d’abord eu le show. C’est tout sourire, affublé d’un couvre-chef en forme d’ananas – le fruit est l’un des symboles récurrents dans ses spectacles - que Dieudonné est apparu ce mardi au tribunal de grande instance de Paris, se pliant volontiers au jeu des selfies avec les fans. 

Mais à l’intérieur de la salle d’audience, la représentation prend une toute autre tournure. Alors que les débats entrent enfin dans le vif du sujet ce mercredi après-midi (après l'examen de deux questions prioritaires de constitutionnalité et d’une requête en nullité déposées par la défense), on comprend vite qu’ils se feront sans la coopération des deux prévenus. 

"J'exerce mon droit au silence"

Noémie Montagne, compagne de Dieudonné et gérante des Productions de la Plume, est la première appelée à la barre. "J'’invoque mon droit au silence, tout est dans le dossier", murmure la quadragénaire, vêtue tout de gris, les cheveux bruns noués en queue de cheval. 

Même réplique quand vient le tour de Dieudonné.  "Sur les conseils de mon avocat, je vais exercer mon droit au silence". La présidente ne se démonte pas pour autant et poursuit sa liste de questions. L’humoriste est notamment interrogé sur son rôle au sein des Productions de la Plume. "Il semble que vous y ayez un rôle qui soit plus qu’un rôle de création", souligne la magistrate. Mais la réponse est invariablement la même. Dieudonné et sa compagne restent mutiques. Sourires crispés du côté des juges et du parquet. 

"Une défense de rupture"

Cette stratégie étonne à peine Mathieu Riberolles, avocat de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, partie civile. "Dieudonné considère en réalité que c'est un procès politique. Comme dans tout procès politique, il adopte une défense de rupture, considérant illégitimes non seulement les poursuites dont il fait l'objet, mais aussi le tribunal. En refusant de s'adresser aux magistrats autrement qu'en invoquant son droit au silence, il nie leur légitimité".

Le tribunal a pourtant de nombreuses questions à poser à Dieudonné. Existait-t-il bien une "billetterie non officielle" dans ses spectacles, comme l'a déclaré au cours de l'instruction la productrice de l'une de ses tournées? Pourquoi le théâtre de la Main d'Or, à Paris, n'était-il pas équipé d'une caisse enregistreuse, ni d'un terminal de paiement par carte bancaire?

Sans oublier les 657 000 euros en espèces, découverts en janvier 2014 au domicile du comédien en Eure-et-Loir, ni les 565 000 euros transférés vers des comptes à l'étranger, au Cameroun mais aussi en Chine, en Belgique, en Suisse et aux Émirats. 

Le procès doit durer jusqu'au 3 avril.

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