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Avocats © CC Damien [Phototrend.fr]

Me Serge-Marie Agboton est avocat au barreau d’Avesnes-sur-Helpe, dans le Nord.

Ce mercredi 27 février, devant le tribunal correctionnel de la ville, aurait dû se tenir le procès de son client, Rodolphe M., 54 ans, professeur d’économie et de gestion en lycée professionnel. L’enseignant est poursuivi pour « extorsion de fonds ».

L’histoire est peu banale : le professeur touchait depuis plus de six mois de l’argent des parents d’un élève difficile, Martin*. Martin est un élève de première turbulent, qui jette, un jour de décembre 2011, une boulette de papier à la tête de Rodolphe M., en pleine classe. L’enseignant dit aujourd’hui qu’il y avait un morceau de brique dans le bout de papier, qu’il a été blessé. Problème, l’incident n’a pas été signalé au proviseur.

En revanche, six mois plus tard, le professeur conclut avec les parents de Martin un curieux contrat. Un échéancier de paiement de 300 euros par mois, un quart des revenus de cette famille modeste, pour une somme totale de 7500 euros. En échange, pas de plainte, et, promet-il, pas de problèmes pour leur fils.

Quand Martin est finalement renvoyé du lycée, en janvier dernier, pour oisiveté, ses parents s’étonnent : ils payent pourtant tous les mois… Stupéfaction du proviseur, qui conseille aux parents de porter plainte. Rodolphe M., poursuivi avec sa compagne, a une toute autre version des faits. Selon ses déclarations à la presse, ce sont les parents qui lui ont proposé de l’argent, pour le dissuader de porter plainte.

si vous n'accordez pas le renvoi, je me retire du dossier

Alors chantage, ou arrangement à l’amiable ? C’est le débat qui aurait dû se tenir devant le tribunal d'Avesnes, rarement témoin d’une telle effervescence médiatique. Les chroniqueurs judiciaires en seront pour leurs frais.

Me Agboton commence par solliciter une demande de renvoi de l’audience. L’enquête n’est pas complète, plaide-t-il, il manque des témoignages, des pièces au dossier, « si vous jugez aujourd’hui, vous allez vers une erreur judiciaire », lance-t-il au tribunal. Jusque là, rien que de très banal, grandiloquence comprise. Mais l’avocat assortit sa demande d’une menace : « si vous n’accordez pas ce renvoi, je me retire du dossier ». Sa déontologie, explique-t-il, lui empêche de plaider le dossier en l’état. Le président apprécie modérément le chantage. Dont acte : la demande de renvoi est rejettée, au motif que l’affaire, relativement simple, est jugeable en l’état.

Après le chantage et la fuite, le silence

Personne ne pense que l’avocat va mettre sa menace à exécution. Me Agboton quitte pourtant le palais de justice, après une dernière interview. Pendant que le tribunal examine une autre affaire, tout le monde tente de deviner la suite.

Aux journalistes et à l’avocat des parties civiles, Me Emmanuel Riglaire, Rodolphe M. dit qu’il ne veut pas d’autre avocat. Il ne souhaite pas de renvoi non plus, alors son intention est celle-ci : ne pas répondre aux questions du tribunal. C’est ce que lui aurait conseillé son avocat avant de s’éclipser. Soit à peu près ce qu’on peut imaginer de pire comme stratégie de défense : après le chantage et la fuite, le silence.

Face au naufrage annoncé, le bâtonnier du barreau d'Avesnes prend l’homme à part. Réussit il à le convaincre? Revenu à la barre, Rodolphe M. demande finalement le renvoi de son procès, faute d’avocat pour l’assister. A l’attention de Me Agboton, qui est parti depuis longtemps, le procureur, agacé, lance : « où est la déontologie à abandonner son client en plein milieu de la bataille ? ».

Au nom de tout un chacun à être défendu devant la justice, la demande de renvoi est acceptée ; Rodolphe M. sera donc jugé dans un mois, le 27 mars. Avec sans doute, c’est ce qu’on lui conseille dans l’intérêt de sa défense, un nouvel avocat.

*le prénom a été changé

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