Au procès en appel d’Abdelkader Merah devant la cour d’assises spéciale de Paris, c’est le 3ème frère Merah, Abelghani, qui est venu témoigner mercredi 27 mars. Un frère en rupture de ban totale avec cette famille, et qui lutte aujourd’hui contre la radicalisation.

Abdelghani Merah lors du premier procès de son frère Abdelkader en octobre 2017
Abdelghani Merah lors du premier procès de son frère Abdelkader en octobre 2017 © AFP / Lionel BONAVENTURE

C’est le troisième frère de la fratrie Merah. Abdelghani, 42 ans, jean et blouson noir, est à la barre de la cour d’assises. Sa voix tremble, quand il dit d’un ton compassé toute sa tristesse pour les familles des victimes. Il cite leurs noms. Au premier rang, dans la salle d’audience, Latifa Ibn Ziaten, mère du premier militaire tué par Mohamed Merah, hoche la tête. Il n’a pas regardé Abdelkader Merah, qui, depuis le box, le suit des yeux. "Je n’arrive pas à me retourner sur cette personne. Ce n’est pas mon frère, c’est celui qui a envoyé Mohamed Merah à la mort. Il est très dangereux. Il a une deuxième chance, pour dire la vérité et apporter de la lumière."

Pourtant, ce frère qui n’a de cesse, depuis sept ans, de dénoncer la radicalisation de sa famille, et le rôle d’Abdelkader Merah dans les actes de Mohamed, va passer quelques moments difficiles. La posture du repenti, du dénonciateur, honore Abdelghani Merah. ll dit que cela ne lui a rien rapporté, que son frère Abdelkader veut "le liquider". Mais le caractère souvent imprécis de ses accusations en amoindrit la charge.

Il fait d’abord le récit des violences familiales. Son père frappait sa mère, "il voulait la jeter du 3e étage ; il la menaçait de la renvoyer au bled", se souvient-il. Il raconte qu’avant lui, le couple a eu une fille en Algérie, Zora, que le bébé, né hors mariage, a été "empoisonné par la grand-mère". C’est la première fois qu’il raconte cela. 

Abdelghani Merah dit "ma génitrice" pour parler de sa mère

"Le seul amour qu’on a pu avoir, c’est soit des gifles, soit des insultes", dit Abdelghani Merah. Le père, après le divorce, devient dealer de cannabis, accumule de l’argent, retourne en Algérie. "Pourquoi votre frère Abdelkader présente-t-il au contraire un tableau très lisse de vos parents ?", demande la présidente. "Je sais qu’il ment, ou qu’il se ment à soi-même. Lorsque mon père frappait ma mère, on se mettait entre les deux, on pleurait, il pleurait beaucoup."

Abdelghani Merah dit "ma génitrice" et "Abdelkader Merah" pour parler de sa mère et de son frère. Il n’a pas de mots assez durs pour cette famille : "pour la comprendre, il faut naître dans le même seau de haine". C’est son ex compagne, Anne, rencontrée quand il avait 17 ans, qui l’a sauvé, ainsi que leur fils. "Elle avait des ascendances juives. Ils l’insultaient, la traitaient de sale juive, ou de sale Française", explique t il.

En 2003, les deux frères rompent toute relation

La rupture définitive avec Abdelkader, son cadet de six ans, arrive en 2003. Les deux frères se disputent violemment, Abdelghani est blessé de sept coups de couteau. Il ne l’a quasiment jamais revu ensuite ; et n’a donc pas été témoin direct de la conversion de son frère vers l’islam radical, ni de son influence sur Mohamed. Il a pourtant, sur la question, des opinions très arrêtées. "Mohamed s’est structuré avec des vidéos de décapitation et d’appels au djihad. Il était en roue libre, détruit par Abdelkader Merah."

La présidente, opiniâtre, essaie de comprendre quels éléments tangibles lui permettent de dire que Mohamed Merah était "le bras armé" d’Abdelkader Merah. Abdelghani cite une conversation au parloir, entre Abdelkader et sa mère… qu’il a lue dans les médias. Revient sur le 11 septembre 2001. "Abdelkader a crié 'Ben Laden' dans le quartier, on l’appelait ‘Ben Ben‘...  Abdelkader rêvait aussi de passer à l’action, de se faire sauter… Et puis il a pris un autre rôle, celui de rabatteur. Vous jugez notre futur Ben Laden français !"

Faute d’éléments concrets, les déclarations à l’emporte-pièce, les formules toutes faites d’Abdelghani Merah retombent à plat. Tellement désireux d’aider la justice en accablant son frère, il en rajoute, brode, se contredit parfois. Du velours pour Eric Dupond-Moretti, l’avocat d’Abdelkader Merah, qui rappelle le titre de son livre, co-écrit avec un journaliste : "vous l’avez appelé ‘Mon frère, ce terroriste’. Pas ‘mes frères’".

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