Abdelhamid Abaaoud
Abdelhamid Abaaoud ©

On le croyait en Syrie, il était dans les rues de Paris le 13 novembre. On le voyait comme l’un des cadres du groupe terroriste Etat islamique, il était vraisemblablement prêt à se faire exploser à La Défense. Qui était Abdelhamid Abaaoud ?

C’est une vidéo glaçante qui a fait connaître Abdelhamid Abaaoud au grand public. Une vidéo dans laquelle on voit le jeune homme au volant d’un pick-up, souriant, traînant derrière lui des cadavres. Nous sommes alors en Syrie.

De Molenbeek à Raqqa

Mais c’est à Anderlecht, un quartier de Bruxelles qu’il est né, le 8 avril 1987. Abdelhamid, qui porte la double nationalité belgo-marocaine, est l’aîné d’une fratrie de six enfants. Il grandit à Molenbeek où son père tient un commerce de vêtement. Elève difficile, il est scolarisé dans le très huppé collège catholique Saint-Pierre (dans la non moins huppée commune d’Uccle). Mais il n’y reste qu’un an. Il a à peine 19 ans lorsqu’il effectue son premier séjour en prison. Des incarcérations courtes mais régulières entre 2006 et 2012. En 2010, par exemple, il est condamné pour vol avec effraction à un an de prison. En 2012, il est incarcéré dans la prison de Bruxelles-Forest ... avec Salah Abdeslam. C’est après sa libération que sa radicalisation devient évidente.

En 2013, il effectue un premier séjour en Syrie. Mais il revient rapidement dans son quartier de Molenbeek. Le vrai départ, lui, a lieu en janvier 2014. Et il n’est pas seul : il est repéré à l’aéroport de Cologne, en Allemagne, en compagnie de son petit frère Younès, âgé de 13 ans. Il a tout simplement récupéré celui qui deviendra “le plus jeune terroriste du monde” à la sortie de l’école avant de s’envoler avec lui vers Istanbul.

Recruteur d’occidentaux

En Syrie, Abdelhamid Abaaoud choisit son nom de combattant. Abou Omar tout d’abord, puis à partir de juillet 2014, il devient Abou Omar Al-Soussi, en référence à son chat resté dans sa famille à Molenbeek, puis Abou Omar al Baljiki (pour sa nationalité belge) à partir de février 2015.

En Syrie, Abdelhamid Abaaoud choisit son nom de combattant. Abou Omar tout d’abord, puis à partir de juillet 2014, il devient Abou Omar Al-Soussi, en référence à son chat resté dans sa famille à Molenbeek, puis Abou Omar al Baljiki (pour sa nationalité belge) à partir de février 2015. Selon les services de renseignement de plusieurs pays, il est basé à Raqqa mais il multiplie les voyages : Grèce - sa trace, dont son téléphone portable, est retrouvée dans deux quartiers d’Athènes -, Belgique où il échappe au démantèlement de la cellule de Verviers. On le soupçonne d’être à la fois le recruteur de djihadistes occidentaux et l’organisateur d’attentats. Selon le procureur de la République de Paris, François Molins :

Il est l’organisateur présumé de quatre autres actions terroristes déjouées dans les mois qui ont précédé le 13 novembre.

En mars 2014, on le voit donc sur une vidéo de propagande. Près d’Azaz, au nord-ouest d’Alep, il lâche :

Toute ma vie, j’ai vu le sang des musulmans couler. Je prie pour qu’Allah casse le dos de ceux qui s’opposent à lui, des soldats et de ses admirateurs et qu’il les extermine.

► ► ► INFOGRAPHIE | Les filières djihadistes au coeur des attentats

Son rôle dans les attentats du 13 novembre

Celui qu’on a un temps considéré comme le commanditaire depuis la Syrie des attentats du 13 novembre, a sans doute plutôt joué le rôle d’organisateur sur le terrain. Car, alors qu’Abdelhamid Abaaoud est cru sur les terres du groupe Etat islamique, le jeune homme est en fait dans les rues de Paris.

Baskets orange aux pieds, vêtu de noir, il embarque à bord de la Seat depuis le pavillon de Bobigny que les terroristes ont loué dans la perspective des attentats. Avec lui : Brahim Abdeslam et le kamikaze qui se fera exploser lors de l’assaut de l’appartement de Saint-Denis quelques jours plus tard. De la même maison de Bobigny, une autre voiture est partie : une Clio avec à son bord l’autre frère Abdeslam -Salah- et les trois kamikaes du Stade de France. Abdelhamid Abaaoud reste d’ailleurs en contact avec l’un deux, Bilal Hadfi. Il échangeront plusieurs fois entre 20h40h et 21h20, heure à laquelle le premier des trois kamikazes déclenche sa ceinture explosive et donne le coup d’envoi de cette soirée sanglante. Abdelhamid Abaaoud fait-il partie des tireurs qui abattent froidement une quarantaine de parisiens attablés en terrasse ? Pas de certitude à ce sujet, si ce n’est que sur les trois kalachnikovs retrouvées dans la voiture, l’une d’elle porte ses empreintes.

Après leur équipée criminelle, Abdelhamid et son comparse laissent Brahim Abdeslam boulevard Voltaire où il se fait exploser. Ils poursuivent en voiture vers la porte de Montreuil, dans l’est de Paris puis abandonnent la Seat noire et s’engouffrent dans la station de métrop voisine de la Croix de Chavaux. Il est alors 22h14, trois explosions se sont fait entendre aux abords du Stade de France. Au Bataclan, des dizaines de personnes sont déjà tombées sous les balles. C’est non loin de là, à la station Nation, qu’Abdelhamid ressort du métro. Pendant deux heures, le terroriste s’offre une promenade dans les rues de Paris, aux endroits mêmes où des dizaines de personnes viennent d’être tuées. Ses pas le mènent même tout près de la salle de concert alors que l’assaut est toujours en cours.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | Les attentats du 13 novembre à Paris

La suite est plus floue, Abdelhamid erre pendant le week-end, se cache probablement entre La Courneuve et Aubervilliers, puis appelle sa cousine. Hasna Aït Boulhacen, fille un peu paumée qui est passée de la drogue au voile intégral lui trouve une planque. Ce sera l’appartement squatté par Jawad Bendaoud au coeur de Saint-Denis, moyennant 150 euros. C’est là qu’Abdelhamid Abaaoud, son complice et sa cousine se rendent mardi 17 dans la soirée. C’est là qu’ils organisent vraisemblablement leur prochaine attaque : deux attentats suicides dans le quartier d’affaires de La Défense. C’est là qu’ils seront tués dans l’assaut du Raid quelques heures plus tard.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.