Son réquisitoire aura duré trois grosses heures. L'avocate générale Naïma Rudloff a fini par requérir les peines maximales contre les deux accusés. La perpétuité contre Abdelkader Merah pour la complicité des sept assassinats commis par son frère Mohamed, 20 ans contre Fettah Malki, le fournisseur d'armes.

Après le réquisitoire ce sera au tour des plaidoiries
Après le réquisitoire ce sera au tour des plaidoiries © Maxppp / Le Pictorium / Sadak Souici

Dans sa robe rouge à col d'hermine, l'avocate générale commence par dire d'une voix douce qu'il "n'existe pas de mots à l'échelle d'un être humain, pour décrire le chaos" commis par Mohamed Merah. "Il y a les images insoutenables. Ce 19 mars 2012, triste lundi pluvieux, il aura fallu moins de 21 secondes pour pulvériser quatre vies, celles de Myriam Monsonégo, Arieh, Gabriel et Jonathan Sandler". Le 15 mars, "jeudi noir, il distribue les balles" devant la caserne de Montauban, tue Mohamed Chemsedine Legouad et Abel Chennouf, "Loïc Liber est le seul survivant, mais à quel prix ?" Le 11 mars, "Imad Ibn Ziaten ne se couchera pas", devant Mohamed Merah qui lui ordonnait de se mettre à plat ventre. "Tous aimaient la vie. Ces victimes ont été tuées parce qu'elles représentaient un symbole", assure Naïma Rudloff.

Abdelkader est le "sachant", Mohamed le "combattant"

Puis, face à Abdelkader Merah, qui la regarde bras croisés, derrière la vitre blindée de son box, l'avocate générale cherche à tirer en tous sens les fils, qui lui permettront d'affirmer qu'"Abdelkader Merah a fabriqué Mohamed Merah"

Il est son complice, dit-elle, sans l'ombre d'un doute. "Mohamed Merah est l'auteur principal, celui qui a appuyé sur la détente", mais dans "l'entente mortifère, le provocateur [Abdelkader] qui galvanise a agi dans l'ombre du tireur", assène-t-elle, estimant qu'Abdelkader est d'abord le mentor de son petit frère. Celui qui l'a fait venir en Egypte, dans des écoles coraniques, durant la phase préparatoire qui durera des années, jusqu'en 2010. 

Elle parle "d'incubation terroriste", tandis qu'Abdelkader Merah remplit sa bibliothèque de livres d'Al Qaïda. Puis à partir de 2011, c'est la "phase opérationnelle" pour l'avocate générale. Mohamed Merah part s'entraîner au Pakistan, après l'Afghanistan l'année d'avant. De là-bas, il cherche à joindre Abdelkader par mail, alors qu'ils sont censés être brouillés, note-t-elle. Puis après le retour, ils se voient. Ou pas. Mais quand ils ne se voient pas, cela paraît suspect. "Mohamed Merah est hospitalisé au retour du Pakistan, il est mourant mais Abdelkader est l'un des seuls à ne pas aller le voir ? C'est incompréhensible". La seule explication de l'avocate générale est "la finalité djihadiste, la taqqiya".

Cette taqqiya, cette dissimulation, pour ne pas se faire repérer, est omniprésente, aux yeux de l'avocate générale, qui note que les deux frères Merah ne se téléphonaient pas, mais réussissaient pourtant à se voir, comme par enchantement. 

Et dit-elle,"ils sont ensemble, partout et tout le temps, avant et après les crimes, sauf au moment des tirs", "29 tirs" de Mohamed Merah sur trois scènes de crimes différentes. "Aucun homme n'est capable de faire ça, sauf s'il a une légitimation de ses actes". La légitimation est soufflée par Abdelkader Merah, pense l'avocate générale. Qui le voit complice intellectuel mais aussi, complice d'une aide matérielle, notamment au moment du vol du fameux scooter T-Max qui a servi aux crimes. "La filature était préméditée, c'est mathématique" estime Naïma Rudloff, alors qu'Abdelkader Merah n'a cessé de répéter durant ses interrogatoires que son "petit frère" avait commis un vol instinctif. 

Est-ce le frère d'un martyr ou le complice d'un assassin ? demande l'avocate générale. 

Qui martèle que "la justice a un rendez-vous qu'elle ne peut pas manquer. Votre décision sera une leçon de démocratie" lance-t-elle à la cour d'assises spéciale, en requérant donc la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans à l'encontre d'Abdelkader Merah, et une peine de 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre de Fettah Malki. Un réquisitoire qui s'achève sous les applaudissements spontanés des familles de victimes, soulagées par la sévérité des peines prononcées, en attendant le verdict après-demain, et aujourd'hui, les plaidoiries de la défense.

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