Le procès Merah entre ce lundi dans sa 4e semaine : derniers interrogatoires d'Abdelkader Merah, mais aussi derniers mots - et premières plaidoiries - des parties civiles.

La quatrième semaine du procès d 'Abdelkader Merah marque le début des plaidoiries pour la partie civile
La quatrième semaine du procès d 'Abdelkader Merah marque le début des plaidoiries pour la partie civile © Radio France / Matthieu Boucheron pour France Inter

Abdelkader Merah caresse de temps en temps sa longue barbe brune, quand il répond d’une voix presque douce et d’un ton particulièrement courtois à "monsieur le Président". Depuis trois semaines, l'accusé Merah, qui a réponse à tout, est toujours très déférent envers la cour, beaucoup moins envers les avocats de parties civiles, ou envers l'avocate générale, qui l'a souvent appelé "Monsieur Abdelkader" depuis le début de ce procès. Vendredi, lors de son long interrogatoire sur la religion, l’accusé Merah s’est appliqué à montrer à la cour d’assises l’unique visage d’un musulman orthodoxe : "Je ne reconnais que les lois légiférées par le créateur qui est Allah". 

Depuis trois semaines, Abdelkader Merah répète qu'il n’est pas complice des sept assassinats commis par celui qu’il ne cesse d’appeler, tendrement, "son petit frère", tout en le traitant - une seule fois-, de "musulman terroriste". Un "petit frère" qui était "déterminé" à "frapper" pour le Moyen-Orient, car il "était très affecté par la situation des enfants palestiniens, la colonisation américaine, il en pleurait". Mais Abdelkader Merah jure face à la cour qu'il n'a pas deviné que son plus jeune frère, Mohamed, allait frapper en France. Il assure qu'il n'était pas pour le djihad armé. 

Interrogé sur Jean-Michel et Fabien Clain, qu’il a fréquenté à Artigat et à Toulouse, devenus les voix de revendication des attentats du 13 novembre, Abdelkader Merah dit que ce sont "des frères de religion", martèle que seule la religion l'intéresse. Pas les armes. 

Me Tamalet, l'avocat de la famille d'Abel Chennouf, l'un des militaires tués à Montauban, note que la "rhétorique" d'Abdelkader Merah est en train de s'effondrer comme "un château de cartes", car comment prétendre n'être que pieux, sans se détacher "de ceux qui sont désormais des figures du djihad international", s'interroge l'avocat.

Face à Abdelkader Merah, vendredi, lors, de son long interrogatoire, sur le banc des parties civiles, une autre avocate, Me Cechman, le bouscule soudain. "En voilà une belle recette de taqqiya que vous venez de nous livrer !" (la taqqiya est la dissimulation, la ruse que redoutent tous les enquêteurs antiterroristes).  

-"Vous condamnez les actes de votre frère Mohamed ?" demande Me Laurence Cechman. 

-"Oui », répond Abdelkader Merah. 

- "Mais il y a une contradiction, quand dans un parloir, vous dites à votre mère que ce qu’a fait Mohamed est le plus beau cadeau qu’il vous ait fait!" 

-"Je parlais de ma détention, qui est une épreuve, elle est donc purificatrice en islam". 

- "Et quand vous dites que si vous aviez un enfant vous l’appelleriez Mohamed 'Youssouf' (le nom de guerre de Merah) ?" 

-"Oui, je l’appellerais Mohamed, en souvenir de mon petit frère, ça reste mon sang", répond Abdelkader Merah.

- "Et est-ce que votre frère est mort en martyr ?" poursuit l’avocate. "  

-"Ça, je ne sais pas", répond Abdelkader Merah. 

-"Vous ne répondez pas, vous êtes extrêmement habile !" 

Puis l’avocate lui pose une dernière question, sur un rêve, dans lequel il voyait son frère Mohamed au paradis : "Bien sûr, j’espère tous les jours que mon petit frère est au paradis", dit Abdelkader Merah, suscitant l’émoi sur les bancs des familles de victimes, qui auront la parole cette semaine. Sera aussi entendu Loïc Liber, le soldat rendu tétraplégique par Mohamed Merah, qui suit tout le procès depuis son lit d'hôpital.

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