La deuxième journée d'audience du procès Merah a commencé par l'interrogatoire d'Abdelkader, qui, au bout de cinq heures, a fini par condamner les actes de son petit frère Mohamed.

"Après, je n’ai même plus volé un bonbon, je n’ai plus crié sur ma mère", a déclaré Abdelkader Merah.
"Après, je n’ai même plus volé un bonbon, je n’ai plus crié sur ma mère", a déclaré Abdelkader Merah. © AFP / Benoit Peyrucq

Abdelkader Merah, épais cheveux frisés retenus par un serre-tête, et noués en catogan, longue barbe noire, parle d’une voix très assurée, avec un accent chantant du Sud-Ouest.

Il explique qu’il est né à Toulouse il y a trente-cinq ans, de parents Algériens. Sa mère était femme de ménage, son père travaillait dans une fonderie. "Une enfance parfaite, puis chaotique", après le divorce de ses parents, une véritable "déchirure", dit Abdelkader.

Un ado "en perte de modèle"

Il a 13 ans, est renvoyé du collège, placé en foyer par l'aide sociale à l'enfance, qui l'estime en danger. Il est un "adolescent rebelle en grand désarroi, qui voit le monde comme un ring", selon un psy, à l’époque. Un ado qui "terrorisait tout le monde". Le week-end sa mère ne savait plus comment faire, explique le président de la cour d'assises spéciale de Paris. Derrière la vitre blindée de son box, Abdelkader Merah, chemise pale, acquiesce.

Et ajoute : "J'étais un adolescent en perte de modèle". Puis il raconte les années qui ont suivi, son CAP de peintre en bâtiment, et la violence qu’il dit avoir subie de la part de son grand frère Abdelghani, violence qu'il a ensuite fait subir, lui, à Mohamed. Le président évoque une plainte de Mohamed, pour des sévices, avoir dû avaler de la nourriture avariée attaché sur un lit. "C'était un jeu", selon Abdelkader.

Après la conversion, une autre vie

En 2006, c’est le tournant, la conversion à l’islam. "Ça m’a changé de vie", dit Abdelkader Merah, "après, je n’ai même plus volé un bonbon, je n’ai plus crié sur ma mère". Après, il a applaudi Ben Laden, et, dans la cité, il a été surnommé le grand Ben-Ben, et Mohamed, le petit Ben-Ben.

Un avocat des parties civiles, se lève, face à lui :

Monsieur Merah, est-ce différent de tuer au nom de l’islam, un Musulman, et un Juif ? Abdelkader répond :"C’est interdit de tuer."

"Et pourquoi vous avez dit que vous étiez fier de la façon dont Mohamed était mort, en combattant ?" reprend l'avocat. "Parce que l’enquêteur qui me l’a annoncé se balançait sur sa chaise. J’ai dit ça pour pas déshonorer mon petit frère, comme une mère protège son enfant."

Du bout des lèvres, Abdelkader Merah finit par condamner les assassinats de Mohamed Merah, à l’audience, mais il ajoute : "Je l’aimerai toujours, jusqu’à la mort".

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