Si l'enquête ouverte à la suite de la plainte pour viol de l'actrice belgo-néerlandaise Sand Van Roy a été classée sans suite, une autre pour agression sexuelle est toujours en cours.

Luc Besson est accusé par plusieurs femmes d'agressions sexuelles
Luc Besson est accusé par plusieurs femmes d'agressions sexuelles © Getty / Stephane Cardinale - Corbis/Corbis

Son dernier film Anna est sur les écrans français depuis mercredi et n'a enregistré pour son premier jour que 39 000 entrées en France. Sa société EuropaCorp est dans le rouge. Et sur le plan judiciaire, Luc Besson est toujours visé par une enquête préliminaire de la justice française pour agression sexuelle.

Une enquête préliminaire toujours en cours

Une actrice d'une quarantaine d'années a écrit au procureur de la République de Paris le 13 février dernier. Elle raconte une agression sexuelle commise à son encontre par Luc Besson en mars 2002. Elle écrit que le cinéaste s’est "jeté sur" elle lors d’un rendez-vous professionnel dans un hôtel, selon Mediapart qui a publié la lettre. Ces faits, même s'ils étaient avérés, seraient prescrits.

Elle a connu Luc Besson au début des années 2000. Il lui donne un rendez vous dans un hôtel de Los Angeles. Elle le décrit dans Mediapart comme "super charmant", "gentil", "très curieux", "pas du tout menaçant, au contraire". Elle le rencontre une deuxième fois dans son bureau parisien et là, tout bascule. Il se serait jeté sur elle, l'aurait plaquée contre le mur et aurait tenté de l'embrasser. Elle se jette par terre et prend la fuite à genoux.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris le 25 février dernier mais l'actrice vit aux États-Unis et à ce jour, elle n'a pas encore pu être entendue par les enquêteurs français, faute de disponibilité. L'enquête est donc suspendue à son audition et cette audition est susceptible d'intervenir dans l'été, selon nos informations.

Une autre enquête classée sans suite

Sand Van Roy est une jeune femme de 30 ans, enjouée, souriante et très déterminée. Nous l'avions rencontrée longuement en septembre dernier, et son témoignage était détaillé. Elle a porté plainte contre Luc Besson en mai 2018 pour viol, une procédure classée sans suite neuf mois plus tard.

L'actrice Sand Van Roy au festival de Cannes 2019
L'actrice Sand Van Roy au festival de Cannes 2019 © Getty / Andreas Rentz

L'affaire commence au printemps 2018 : Sand Van Roy, comédienne et mannequin belgo-néerlandaise, accuse le réalisateur et producteur de l'avoir forcée à un rapport sexuel violent à l'hôtel Bristol à Paris la veille, le 17 mai 2018. C'est sa mère, dit-elle, qui l'encourage à porter plainte, alors qu'elle se dit terrifiée par les conséquences qu'elle risque de subir. Elle présente des marques sur le corps, qu'elle fait constater à l'Unité médico-judiciaire de l'Hôtel-Dieu à Paris. Sand Van Roy dit même avoir perdu connaissance après cette scène "d'une violence inouïe".

Le 6 juillet, Sand Van Roy dépose une deuxième plainte, dénonçant des viols antérieurs et réguliers.

Sand Van Roy a été entendue à deux reprises par la police, Luc Besson a été entendu une fois. Puis les deux protagonistes ont été convoqués ensemble devant les enquêteurs pour une confrontation. Ils ne se sont pas regardés et n'ont pas échangé un mot. Toutes leurs déclarations passaient par leurs avocats et les policiers.

Luc Besson a nié toute contrainte envers la jeune femme. Après avoir nié tout acte sexuel, il a finalement affirmé qu'ils avaient une relation amoureuse consentie, ce qu'a toujours nié la jeune actrice. Sand Van Roy décrit une relation d'emprise, faite de violences et d'humiliations.

Il m'humiliait, puis ensuite me faisait des compliments.

Depuis, l'affaire a été classée sans suite. Car après neuf mois d'enquête, les enquêteurs n'ont pas trouvé d'éléments suffisants pour étayer l'accusation de viols portée par la jeune femme. Mais l'avocat de Sand Van Roy, Me Francis Szpiner, ne compte pas en rester là. Il a déposé une plainte avec constitution de partie civile, de façon à obtenir la saisine d'un juge d'instruction. Une magistrate a bien été nommée, et doit dire maintenant s'il y a lieu ou non d'ouvrir une information judiciaire. 

La vice-procureure au parquet de Paris, Rachel Bray, a pris des réquisitions contre l'ouverture d'une information judiciaire. "Les investigations établissent de façon manifeste que les faits criminels de viol n'ont pas été commis, que l'absence de consentement de la partie civile n'est pas établie et l'existence d'une contrainte, menace, violence, n'est en outre pas caractérisée", écrit-elle. 

L'avocat de Sand Van Roy, Francis Szpiner, réplique, furieux :

C'est une honte! Le parquet ne cherche qu'à protéger Luc Besson!

Aujourd'hui, Sand Van Roy ne travaille plus comme actrice en France, car "c'est Luc Besson quand même !" nous disait-elle. Elle affirme que de nombreuses connaissances lui ont tourné le dos, après l'avoir découragée de porter plainte. Elle est sûre d'avoir été blacklistée dans le milieu. Elle a également été coupée au montage d'"Anna", le dernier film de Luc Besson, sorti mercredi. Certes, elle y tenait un petit rôle, celui d'une espionne russe, moins d'une minute de présence.

Quatre femmes ont témoigné auprès des enquêteurs, sans porter plainte

La police a entendu quatre autres femmes dans le cadre de cette enquête qui est liée à celle de Sand Van Roy. Trois d'entre elles ont décrit soit des gestes inappropriés, soit des agressions sexuelles à leur égard. Aucune n'a porté plainte. Les faits remonteraient aux années 1990-2000, et sont prescrits.

L'une des deux est une directrice de castings de 49 ans, qui a témoigné anonymement dans Mediapart. Elle a travaillé sur des castings avec Luc Besson entre 2002 et 2005.

Quand j’ai vu la plainte de Sand Van Roy, mes jambes ont tremblé. Je me suis dit : “Enfin, quelqu’un parle".

Elle écrit aux enquêteurs. Elle a été entendue et a détaillé les agressions qu'elle aurait subies.

Une troisième jeune femme, étudiante de l'école de cinéma de Luc Besson à Saint-Denis, a fait état auprès des enquêteurs du harcèlement sexuel dont elle a été victime en 2016.

► ALLER PLUS LOIN : Interception : "L'impossible #MeToo du cinéma français", un reportage de Valérie Cantié et Christine Siméone diffusé le 30 septembre 2018

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