Fabienne Kabou avait accouché seule, à son domicile. Elle n'a jamais déclaré sa fille à l'état civil, et personne dans sa famille ne connaissait Adélaïde, cette "enfant fantôme".

Les faits

Adélaïde n'a jamais eu d'existence légale avant de mourir. Sa mère avait accouché seule, à son domicile de Saint-Mandé, pendant l'absence de son compagnon. Elle ne l'a pas déclarée à l'état civil, démarche obligatoire dans les trois jours suivant la naissance. Au retour de Michel Lafon,  Fabienne Kabou lui dit avoir donné naissance à l'enfant à la maternité des Bluets. Quand le père s'était inquiété des démarches à faire pour reconnaître l'enfant, Fabienne Kabou lui avait dit "elle est à moi". Michel Lafon n'a pas reconnu Adélaïde, mais il ignorait, dit-il, que sa naissance n'avait jamais été déclarée. Les parents de Fabienne Kabou ne savaient pas qu'ils étaient grands-parents. La fille aînée de Michel Lafon, née d'un premier mariage, ne connaissait pas non plus l'existence de sa demi-soeur. Pour autant, l'enfant n'était pas cachée : son père la promenait au parc, quelques amis du couple, les voisins connaissaient la petite fille.

Une forme de maltraitance

Adélaïde n'a pas subi de maltraitance physique, ne présentait pas de carences. Selon le témoignage de Michel Lafon, le père de l'enfant, sa mère s'en occupait de façon "admirable". Pour autant, priver une enfant d'existence légale est une forme de maltraitance, estime Jean-Philippe Broyart, l'avocat de l'association Enfance et Partage, partie civile au procès:

"A partir du moment où on nie l'existence même de l'enfant, j'appelle ça de la maltraitance! Même si elle n'a pas subi de violences, j'ai du mal à parler d'amour. De sa naissance au décès, l'enfant est cachée,  au regard de la société, et à l'égard des proches.  La convention internationale des droits de l'enfant, dans son article 7, dit que l'enfant est enregistré dès sa naissance, et a le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité, et dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. Cette enfant n'a jamais existé : Fabienne Kabou l'a réduite à la condition d'objet. C'est souvent le cas dans les affaires d'infanticide : l'enfant était réduit à la condition d'objet... Sans doute parce que c'est plus facile de se débarrasser d'un objet que d'un être humain."

Combien d'enfants fantômes?

Selon la pédiatre Anne Tursz, spécialiste de la maltraitance, chercheuse à l'Inserm *, le nombre d'infanticides est largement sous-estimé, ainsi sans doute que celui des "enfants fantômes", soustraits au regard de la société. En octobre 2013, la petite Serena , âgée de 23 mois, avait été retrouvée dans le coffre de la voiture de sa mère. La fillette, dénutrie, a survécu. Elle n'avait jamais été déclarée. Le procès des parents se tiendra dans les prochains mois devant la cour d'assises de la Corrèze.

* Auteur de "Les oubliés : Enfants maltraités en France et par la France", Seuil, 2010

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