Parmi les sept personnes mises en examen, il y a deux collégiens. Ils auraient désigné Samuel Paty au tueur contre de l'argent. Selon le parquet antiterroriste, les deux savaient qu'il voulait "venger le prophète". L'ancien président du tribunal pour enfants de Bobigny analyse cette accusation et ses suites.

Hommage à Samuel Paty devant le collège Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine
Hommage à Samuel Paty devant le collège Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine © AFP / Samuel Boivin / NurPhoto

Âgés de 14 et 15 ans, ils ont attendu devant le collège avec le tueur, pour lui décrire l'enseignant, en échange de 300 euros. Selon l'avocat du plus jeune, Me Charles-Emmanuel Herbiere, son client, d'origine modeste et inconnu des services de police, a "vrillé" face à tant d'argent, et a pleuré en apprenant la mort du professeur et en découvrant les conséquences de ses actes : "Il est à mille lieues de cette mouvance terroriste."

Jean-Pierre Rosenczveig a été président du tribunal pour enfants de Bobigny de 1992 à 2014. Il répondait aux questions de Bruno Duvic dans le journal de 13h.

FRANCE INTER : Avez-vous déjà eu affaire à des cas comparables à celui de ces deux collégiens ?

JEAN-PIERRE ROSENCZVEIG : "Oui et non. Non parce que les faits de terrorisme sont récents, et l'implication de jeunes de 14/15 ans avec des faits de terrorisme, c'est rare. Oui parce qu'effectivement, j'ai eu une situation, notamment, dans laquelle un jeune se sentait responsable de la mort de quelqu'un de sa famille, son frère ayant tué cette personne quand le jeune lui avait dit où il était. Ce sont des choses qui peuvent arriver."

Qu'est-ce qui va se passer maintenant pour ces deux jeunes ?

"Dans l'affaire qui nous concerne, l'incrimination reconnue par le parquet et le juge d'instruction est énorme : complicité d'assassinat dans une perspective terroriste. La question qui est posée c'est : est-ce que ces jeunes (et apparemment des indices le laissent penser mais on verra ce que l'instruction va dire) savaient ce qui allait se passer, ou en tout cas qu'il allait se passer quelque chose de grave, parce qu'une décapitation, personne ne peut l'imaginer un seul instant. Et deuxièmement, est-ce qu'ils ont contribué volontairement à cet acte, est-ce qu'ils sont complices. Le fait qu'il y ait de l'argent, paradoxalement, au risque de choquer, c'est un élément à décharge : un adulte responsable se serait demandé pourquoi on lui offre 300 euros pour simplement désigner quelqu'un. Des gamins de 14/15 ans, ils n'ont pas mesuré la portée de ce qui était demandé par ce qui va devenir un terroriste."

Y'a-t-il des règles particulières dans un dossier terroriste quand il s'agit d'adolescents ?

"Là encore, je risque de vous choquer : malgré l'accusation très grave, ils ne sont pas incarcérés et c'est l'application de la loi. On incarcère quelqu'un en détention provisoire que s'il y a un risque de voir disparaître l'intéressé, de le voir faire pression sur les témoins, de le voir réitérer. Or aucune de ces conditions n'est réunie pour ces deux jeunes. Donc un contrôle judiciaire strict, avec éloignement du collège et même du département, répond aux enjeux d'ordre public."

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