Le parquet national financier s'intéressait depuis 2016 au patrimoine français d'Iskander Makhmudov. Il a élargi l'enquête aux conditions dans lesquelles la société de Vincent Crase, proche d'Alexandre Benalla, a signé, en juin 2018, un contrat pour la protection d'un milliardaire russe.

Alexandre Benalla en janvier 2019 à son arrivée à la commission d'enquête du Sénat
Alexandre Benalla en janvier 2019 à son arrivée à la commission d'enquête du Sénat © AFP / Alain Jocard

De quel contrat parle-t-on ? 

Il s'agit d'un contrat de protection rapprochée signé par la société du gendarme réserviste Vincent Crase, et qu'Alexandre Benalla aurait négocié, selon Mediapart. Vincent Crase l'apporte à une société de sécurité privée, Velours, en juin 2018. Velours est dirigée par d'anciens policiers, et a employé Alexandre Benalla  pendant près d'un an, en 2014-2015. Mais d'après une source proche du dossier, le sous-traitant Velours n'a pas de contact direct avec le client russe.

Il recrute pour l'occasion cinq gardes du corps, qui auraient été imposés par Vincent Crase. Parmi eux, le compagnon de la cheffe du groupe de sécurité du premier ministre : un militaire, qui signe pourtant un contrat certifiant qu'il est libre de tout engagement. Le ministère des Armées a annoncé hier qu'il était suspendu.

Qui est le client, Iskander Makhmudov ? 

Iskander Makhmudov est un homme d'affaires né en Ouzbékistan, qui a fait fortune dans la métallurgie après la chute du bloc soviétique. Le magazine américain Forbes estime sa fortune à 6 milliards d'euros. Gros employeur de la ville d'Ekaterinboug, il en possède aussi le club de basket, dont l'équipe féminine est une des meilleure d'Europe. Il est aussi soupçonné de liens avec un groupe criminel russe, selon une enquête de la justice espagnole. Iskander Makhmudov aurait des propriétés à Monaco, à Ramatuelle dans le Var, et en Sologne, via des montages financiers opaques, sur lesquels la justice financière avait ouvert une enquête.  

Pourquoi ce contrat pose-t-il problème ?  

C'est d'abord le mélange des genres qui pose question. À l'époque, Vincent Crase est chargé de la sécurité du parti La République en marche, et Alexandre Benalla est encore salarié de l'Élysée. Comme certains de leurs amis recrutés pour la protection rapprochée du milliardaire russe, ils auraient donc arrondi leurs fins de mois dans le privé.

Le parquet national financier, qui a ouvert une enquête, se refuse pour le moment à parler de corruption. Mais les enquêteurs voudront sans doute vérifier aussi si le client, Iskander Makhmudov, a pu bénéficier de contreparties cachées.  Libération et Mediapart ont révélé qu'Alexandre Benalla avait des relations avec plusieurs hommes d'affaires connus pour être des "intermédiaires", qui espéraient peut-être être introduits auprès de l'Élysée.

On peut enfin s'interroger sur la sincérité d'Alexandre Benalla devant la commission d'enquête du Sénat. Interrogé par Jean-Pierre Sueur le 21 janvier, il affirmait solennellement n'avoir eu "aucun lien professionnel avec des sociétés de sécurité ou de défense" quand il occupait ses fonctions à l'Éysée.

"Est-ce que vous connaissez M. Iskander Makhmudov ?" l'avait relancé le vice-président de la commission des lois. "Je ne connais pas cette personne, mis à part à travers la presse, je ne l'ai jamais rencontré", avait répondu M. Benalla.  

D'après les photos et les enregistrements publiés par Mediapart, l'ancien chargé de mission de l'Élysée a pourtant rencontré le représentant de l'homme d'affaires en France, et gérait étroitement ce contrat, en particulier lorsque la société Velours a décidé de se désengager, l'été dernier, après les premières révélations sur l'affaire Benalla.

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