Outreau restera dans la mémoire collective comme un naufrage retentissant de la justice française.

Deux des victimes de cette épouvantable erreur judiciaire viennent de publier un livre "Histoire commune".

Ils s'appellent Daniel Legrand tous les deux, le père et le fils. Et, comme ils l'écrivent, c'est l'histoire de deux innocents sur lesquels une locomotive est passée, "la locomotive Outreau".

S'ils n'ont pas été broyés, c'est parce qu'ils se sont soutenus mutuellement, en s'écrivant un jour sur deux, le père depuis la prison d'Amiens, le fils depuis celle de Loos les Lille. Histoire écrite à deux mains, histoire d'amour aussi, qui ne dit pas son nom, entre deux hommes pudiques et introvertis.

Pendant deux ans, sept mois et dix jours ils ont été incarcérés. Avant de retrouver leur honneur et l’air de la liberté.

Mais l’acquittement n’efface pas tout. Ils ont cru devenir fous.

Ils ont décidé de publier les lettres qu’ils se sont écrit tout au long de leur détention, de raconter ensemble leur histoire dans un livre –avec Youki Vattier-, pour tenter de se libérer de leurs derniers cauchemars.

Daniel Legrand père et Daniel Legrand fils, interrogés par Christian Bindner

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Lui, Daniel, le père, ouvrier depuis toujours, est retourné à l’usine, comme avant. Comme toujours.

Mais comment oublier tout ça, comment oublier que certains aient pu croire qu’il aurait pu faire « ça » à un gosse, comme il dit ?

Et lui, Daniel, le fils, un fou de foot, lui, le gamin de vingt ans qui ne rêvait que de passer professionnel, qui n’avait jamais eu de petite amie, qui ne savait même pas que ça existait les horreurs dont on l’accusait. Les insultes, les crachats, le petit juge inhumain, la cellule qui sent la pisse, les pleurs, les bagarres en prison où il porte cette étiquette : pas voleur, « v i o l e u r », avec un i entre le v et le o. Violeur d’enfants…

Daniel, le père, est solide. Daniel, le fils, est fragile. Et puis il a Nadine, la femme et la mère et ses filles, les petits enfants. Une famille qui est restée absolument unie et solidaire, une famille sans laquelle les deux Daniel n’auraient pas supporté les neuf cent jours de prison.

Daniel Legrand fils et Daniel Legrand père

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Comment reprendre sa vie après tout ça. Comment oublier. Daniel Legrand père raconte « Je ne veux plus y penser et puis on voit un reportage sur les prisons, un taxi, et ça y est, on repense à Outreau ».

S’il a souffert de ce qui lui est arrivé, il a encore plus souffert de ce qui arrivait à son fils. Et pourtant, il n’a pas de haine.

Daniel Legrand père et Daniel Legrand fils

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