En moins d'un an, la 8e juge d'instruction à se pencher sur la disparition d'Estelle Mouzin en janvier 2003 a fait progresser l'enquête à pas de géant. Sa connaissance du dossier et ses qualités d'écoute sont unanimement saluées. Portrait d'une magistrate tenace.

Octobre 2018, la juge Sabine Kheris procède, dans l'Yonne, à la reconstitution des meurtres de Joanna Parrish et de Marie-Angèle Domèce
Octobre 2018, la juge Sabine Kheris procède, dans l'Yonne, à la reconstitution des meurtres de Joanna Parrish et de Marie-Angèle Domèce © Maxppp / Jeremie Fulleringer

"Sa plus grande qualité ? Sa capacité d'écoute". C'est Corinne Herrmann, avocate d'Eric Mouzin, le père d'Estelle, qui parle ainsi de la juge Sabine Kheris. Elle se souvient notamment de "l'humanité rare" avec laquelle la magistrate avait reçu les parents de Joanna Parrish, une jeune femme britannique de 20 ans, tuée dans l'Yonne en 1990. Après plusieurs revirements, Michel Fourniret a reconnu en 2018 les meurtres de Joanna Parrish et de Marie-Angèle Domèce, également disparue dans l'Yonne en 1988. "Face à ces parents qui attendaient depuis 30 ans une réponse de la justice, elle a pris le temps de leur parler, et de les écouter" se remémore l'avocate.

Plusieurs dossiers sensibles à son actif

À 55 ans, Sabine Kheris est la doyenne des juges d'instruction au service général du tribunal judiciaire de Paris. Un poste qu'elle occupe depuis janvier 2012, après avoir exercé à l'instruction à Nanterre et auprès des parquets de Béthune et de Bobigny. Elle a instruit bon nombre d'affaires sensibles, comme l'enquête sur le bombardement de Bouaké, en Côte d'Ivoire, dans laquelle elle avait demandé - en vain - le renvoi des trois anciens ministres Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie et Michel Barnier devant la Cour de justice de la République. Dans l'affaire du "mur des cons" du Syndicat de la magistrature, Sabine Kheris avait renvoyé sa présidente devant le tribunal pour "injures publiques", contre l'avis du parquet.

"C'est le prototype de la bonne juge d'instruction" relève un de ses collègues parisiens, "obstinée, résistante au temps, et qui ne cherche pas la lumière". "Une juge d'élite" abonde un avocat qui loue son sens du travail d'équipe. "Elle cherche toujours à s'entourer des meilleurs" relève Corinne Herrmann, avec une appétence pour les dernières innovations techniques. Pour les fouilles menées dans les Ardennes en juin dernier, la magistrate a ainsi obtenu l'assistance d'un archéologue. Le portrait ne serait pas complet sans la mention du "duo remarquable" que forme Sabine Kheris avec sa greffière, qualifiée par un avocat de "véritable formule un"

Huitième juge d'instruction de l'affaire Mouzin

En juillet 2019, la magistrate hérite donc des 85 tomes de l'affaire Estelle Mouzin, soit un nombre titanesque de 38.000 procès-verbaux. Son avantage ? Déjà chargée des instructions Parrish et Domèce, elle connait très bien le parcours criminel de Michel Fourniret et le fonctionnement du couple qu'il formait avec sa femme et complice Monique Olivier. En interrogatoire, Sabine Kheris joue de leur inimitié, de leur rivalité, chacun voulant prendre le dessus sur l'autre. "Ses auditions durent plusieurs jours, car elle laisse du temps aux personnes qu'elle interroge" explique Corinne Herrmann. "Elle utilise les silences, qu'elle laisse s'installer, elle ne coupe pas la parole. Et c'est comme ça que les mots arrivent." Sabine Kheris crée un climat de confiance, de proximité, d'humanité, y compris avec les suspects : une manière de procéder que salue Richard Delgenes, l'avocat de Monique Olivier. 

Quant à Michel Fourniret, il apprécie, dit-on, son intelligence et son excellente connaissance du dossier et aime à échanger avec elle. C'est dans son cabinet qu'il reconnaît, en mars dernier, avoir tué Estelle. Interrogé à nouveau mardi et mercredi, Michel Fourniret ira-t-il plus loin ? Dira-t-il à la juge où se trouve le corps d'Estelle ? Pour continuer à avancer, Sabine Kheris pourrait décider d'une reconstitution en présence de Michel Fourniret à Guermantes, sur les lieux de la disparition d'Estelle, comme elle l'avait fait dans l'Yonne, pour Joanna Parrish et Marie-Angèle Domèce, en septembre 2019. Une reconstitution au cours de laquelle il avait détaillé les circonstances des deux meurtres.

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