Après avoir évacué les questions de procédure, le tribunal correctionnel de Lille n'entend pas dévier de son programme. Le président a tenté d'enlever à l'affaire son côté sulfureux, pour la juger de manière "ordinaire".

Dominique Strauss Kahn était le premier dans la salle d’audience, lundi, à faire les cent pas en costume sombre, l’air tantôt sérieux tantôt détendu. L’entrée du parking lui a permis d’éviter la rangée de caméras qui l’attendait dans le hall du palais de justice de Lille - il y a 70 médias accrédités français et étrangers. L’ancien patron du FMI s’est assis à une extrémité du premier rang des prévenus, à l’opposé du fameux Dodo la Saumure proxénète en Belgique.

Sur le banc des parties civiles elles sont désormais quatre femmes, très discrètes. Certaines ont quitté la prostitution et craignent les conséquences de ce procès sur leur vie privée, mais le tribunal a refusé qu’elles déposent à huis clos. Deux d’entre elles ont participé à des partouzes avec DSK. Leur témoignage sera essentiel pour déterminer s’il savait ou pas que ces femmes qu’il qualifie de libertines étaient des prostituées.La défense a ensuite tenté de faire annuler la procédure. Elle affirme qu’avant l’enquête judiciaire, qui démarre le 2 février 2011, il y a eu une enquête de renseignement, avec des écoutes téléphoniques, pendant 8 mois. Même un avocat des parties civile, Emmanuel Daoud, s’est dit troublé mais pas le tribunal : il estime que la plupart des éléments sont déjà connus et a décidé de trancher cette question à la fin du procès.

Le soir, le président du tribunal a tenu à cadrer les débats.Pour Bernard Lemaire il n’est pas question de « revenir sur les détails des pratiques sexuelles des uns et des autres ». Or la thèse des juges d’instruction repose en partie sur ces « détails ». Ainsi le gout de DSK pour la sodomie, que certaines jugent violente, est-il mis en avant pour démontrer qu’il savait qu’il avait affaire à des prostituées. « Le tribunal n’est pas le gardien de l’ordre moral mais de celui du droit » souligne Bernard Lemaire. Le président s’est ensuite adressé aux principaux entremetteurs présumés : René Kojfer, l’homme qui connaît tout le monde à Lille, et Dominique Alderweireld alias Dodo la saumure. Connaissez vous Dominique Strauss-Kahn leur demande-t-il ? Non, répondent-ils. « J’ai une ou deux filles qui le connaissent » précise Dodo. « Monsieur Strauss-Kahn êtes-vous déjà allé à l’hotel Carlton ? Non ». Après cette mise au point en forme de demystification, le président souhaite que son tribunal juge cette affaire « de la manière la plus ordinaire qui soit ».

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