Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon, également propriétaire de la Revue des deux mondes, a accepté une procédure de "plaider-coupable". Il avait salarié Pénélope Fillon pendant huit mois, pour quelques notes de lecture. Sa peine doit être homologuée par un juge ce mardi après-midi.

Marc Ladreit de Lacharrière, qui avait accepté, par amitié, de fournir un travail à l'épouse de son ami François Fillon, choisit une procédure de plaider-coupable Auteur :
Marc Ladreit de Lacharrière, qui avait accepté, par amitié, de fournir un travail à l'épouse de son ami François Fillon, choisit une procédure de plaider-coupable Auteur : © AFP / Stéphane de SAKUTIN

C'est la toute première audience dans l'affaire Fillon, et elle sera rapide. Ce mardi 11 décembre, Marc Ladreit de Lacharrière, patron de Fimalac, ami de François Fillon, viendra au tribunal de grande instance de Paris, pour une "comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité", une "CRPC". Derrière cet acronyme barbare, un principe simple, inspiré du droit anglo-saxon : le plaider-coupable.  

Introduite en France en 2004, initialement réservée à quelques infractions mineures, la CRPC concerne depuis 2011 tous les délits (sauf certaines atteintes graves aux personnes), quand le mis en cause reconnaît les faits qui lui sont reprochés.

On s'en souvient, "par amitié", le milliardaire avait accepté de fournir un travail à l'épouse de François Fillon, alors premier ministre. Pendant huit mois, entre mai et décembre 2013, Pénélope Fillon avait touché 3 900 euros nets par mois, pour des fiches de lecture, et pour réfléchir à l'avenir de la Revue. 

Problème, seules deux notes de lecture, signées Pauline Camille, ont effectivement été publiées. Pénélope Fillon n'a jamais mis les pieds dans les locaux de la Revue ; quand à son directeur de l'époque, Michel Crépu, il avait réfuté qu'elle ait eu un quelconque rôle de conseillère éditoriale. Devant les enquêteurs, Pénélope Fillon avait fourni d'autres notes de lecture, écrites mais non publiées. 

L'emploi était-il fictif? 

Selon nos informations, Marc Ladreit de Lacharrière reconnaît avoir, pendant une période, "rémunéré de façon excessive" le travail de Pénélope Fillon. Puis avoir continué à la rémunérer, sans aucune contrepartie, cette fois, par négligence, en quelque sorte. Un emploi pas tout à fait fictif donc : la position lui permet de ne pas désavouer son ami François Fillon. L'ex premier ministre et son épouse ont toujours affirmé que le travail de Pénélope à la Revue des deux mondes était tout à fait réel. 

La sanction négociée par Marc Ladreit de Lacharrière avec le Parquet national financier est confidentielle, jusqu'à son homologation par le juge. Elle ne devrait pas être très lourde, au vu du casier judiciaire vierge du milliardaire, même si'il encourt, en théorie, une peine maximale de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende pour "abus de biens sociaux".

Pénélope et François Fillon pas encore fixés sur leur sort

Pour Pénélope et François Fillon, en revanche, ce n'est pas fini. Après 18 mois de travail, les juges d'instruction ont annoncé, le 19 octobre dernier, qu'ils avaient bouclé leur enquête. Le parquet a jusqu'au 19 janvier pour prendre ses réquisitions, avant que les juges décident ou non d'un renvoi en correctionnelle. Sont concernés les époux Fillon, et l'ancien suppléant de François Fillon, Marc Joulaud. 

Alors candidat à l'élection présidentielle, François Fillon est mis en examen le 14 mars 2017, notamment pour "détournement de fonds publics" et "complicité et recel d'abus de bien sociaux". Au coeur du dossier, les soupçons d'emplois fictifs de son épouse Pénélope et de ses enfants, quand ils étaient ses assistants parlementaires. L'affaire, révélée en janvier 2017 par le Canard enchaîné, fut fatale à l'ex premier ministre. Parti favori dans la course à l'Élysée après avoir remporté la primaire de la droite, François Fillon a finalement été éliminé dès le premier tour, en avril 2017.

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