[INFO FRANCE INTER] Après Marcel Jacob, l'expertise psychiatrique de Jacqueline Jacob l'exempte à son tour de toute pathologie mentale. Le couple de septuagénaires a été mis en examen dans le cadre de l'enquête sur la mort de Grégory Villemin.

Jacqueline Jacob, grand-tante de l'enfant disparu.
Jacqueline Jacob, grand-tante de l'enfant disparu. © Maxppp / Alexandre Marchi

C’est en toute discrétion que Jacqueline Jacob a été examinée au début de l’automne, dans les locaux du tribunal de Strasbourg, proche du lieu où elle était alors assignée à résidence. La septuagénaire, comme son époux, Marcel Jacob, a été mise en examen en juin dernier pour enlèvement et séquestration suivis de mort dans le cadre de l'enquête sur la mort de Grégory Villemin, retrouvé mort dans la Vologne le 16 octobre 1984.

Sur la base, notamment, d'une expertise en écritures qui lui attribue deux des quatre lettres du corbeau, les enquêteurs sont persuadés que Jacqueline Jacob a pu jouer un rôle dans la mort du petit garçon. À l’expert psychiatre, la septuagénaire, qui n’avait répondu à aucune question lors de sa garde à vue, a accepté de parler d’elle. Dans cette expertise, à laquelle France inter a eu accès, elle décrit une enfance rude, mais sans privation, dans une famille traditionnelle des Vosges.

Couple fusionnel

Troisième de sept enfants, Jacqueline Jacob (née Thuriot) commence à travailler à la filature à l’âge de 14 ans. C’est à l’usine qu’elle rencontre Marcel, qui deviendra son mari en 1965. « Cette union semble avoir été bâtie avant tout sur le tissu de réalité du travail et de la vie quotidienne plus que sur un coup de foudre amoureux. Mais il se dégage de la parole de Jacqueline une véritable tendresse et une reconnaissance constante pour son mari », analyse le médecin.

Elle fait le récit d’un couple fusionnel, qui fait tout à deux, le potager, les courses et la cuisine… Tous deux engagés à la CGT de l’usine, aussi, où ils ont travaillé toute leur vie. Dans cette « routine décrite comme paisible et harmonieuse », note l’expert, même l’aventure échangiste, six années durant lesquelles Marcel et Jacqueline ont des relations sexuelles avec un couple d’amis, est évoquée « de façon complètement lisse ».

Jacqueline Jacob quitte pourtant à deux reprises son mari, en 1990 et 1991, pour vivre avec son amant. Le psychiatre note la même absence d’introspection : « Elle assure qu’elle ne reprochait "rien de particulier" à Marcel auquel elle a demandé gentiment si elle pouvait revenir », écrit-il.

De ce mutisme relatif, le psychiatre tire des conclusions sur le fonctionnement du couple :

[Avec son mari], elle [dit] fonctionner toujours dans une position qui a l’apparence de l’égalité des rôles, mais qui, en réalité, est clairement une position de soumission à son autorité, voire à son emprise.

Étonnamment, à propos de cette femme généralement présentée – notamment par sa fille, entendue plusieurs fois par les enquêteurs – comme ayant une très forte personnalité, le psychiatre note un « caractère empreint d’une certaine réserve et d’une certaine timidité ».

Une femme intelligente qui élude les faits

Pour autant, l’expert décrit Jacqueline Jacob comme « coopérante, bien organisée dans sa tête ». Une femme intelligente, qui évite de parler des faits, se refusant à évoquer la moindre hypothèse quant à la mort de Grégory. Tout en exprimant un regret : que Jean-Marie Villemin ait tué Bernard Laroche. « On s’est dit, il aurait dû attendre la vérité. Je dis pas qu’il a empêché qu’on la connaisse, je sais pas, mais on est encore embêtés au bout de 32 ans », commente-t-elle.

Le seul moment où Jacqueline Jacob sort de sa froideur apparente, c’est à propos de sa situation personnelle : au moment de son examen par le psychiatre, Jacqueline Jacob est assignée à résidence hors de Vosges, séparée de Marcel. « Elle exprime un peu de douleur et pleure spontanément : "Ça fait mal quand on n'a rien fait, et en plus ce jour là, je travaillais de 13h à 21h à la filature". »

Réaction plus vive encore à propos des lettres anonymes adressées à la famille Villemin, dont on la soupçonne d’être l’auteur : « Elle s’indigne : "Jamais un coup de fil, jamais une lettre, c’est loin de moi tout ça. […] On est tombé des nues quand on s’en est pris à nous. Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?" », rapporte l’expert.

Pas d'altération du discernement, mais une possible « emprise »

En conclusion, le psychiatre note :  « En contraste avec son intelligence […], elle présente à l'examen un tableau tout lisse, où même dans les événements les plus dramatiques de sa vie, la raison et les faits l'emportent sur le retentissement et l'affectivité. »

Aucun élément ne permet d’« évoquer une abolition, ou même une altération de son discernement si sa culpabilité était retenue ». Mais, ajoute l’expert, « si d’aventure elle avait été impliquée dans la réalisation d’un projet qui n’ait pas été le sien, on pourrait évoquer sous l’angle des circonstances atténuantes et d’une emprise extérieure au sens de l’article 122-2 du code pénal une force qui l’aurait, dans une certaine mesure, contrainte à se taire, voire à agir ».

Une nouvelle audition ce lundi pour Marcel Jacob

Jacqueline Jacob, potentiellement sous l’emprise de son mari ? L’hypothèse, inédite, risque de déplaire à la défense de Marcel Jacob. Depuis leur mise en cause en juin dernier, les avocats des deux membres du couple les présentent comme un couple fusionnel, très affecté par leur séparation forcée.

Jacqueline Jacob a-t-elle peur de parler ? Le médecin qui l’a examinée enfonce un peu plus le clou, au dernier paragraphe de son rapport : « On ne peut que regretter que Jacqueline Jacob ne fasse qu'entrouvrir la porte sur sa vie mentale, encore à l'abri de Marcel dans ce qu'il faut dire, et peut-être dans ce qu'il faut penser. »

Ce lundi, Marcel Jacob est entendu par la juge Claire Barbier, qui instruit l'enquête dans l'affaire Grégory, à la cour d'appel de Dijon. Soumis depuis le mois de juin à un contrôle judiciaire qui lui impose de vivre loin des Vosges, il espère bientôt rentrer chez lui. Sa femme a d'ores et déjà été autorisée à revenir dans leur maison d'Aumontzey, tout en restant sous contrôle judiciaire.

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