La justice a prononcé l'annulation de la garde à vue au cours de laquelle l'adolescente, en 1984, avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé Grégory Villemin. Néanmoins, les premières déclarations de Murielle Bolle aux gendarmes ainsi que celles faites devant le juge Lambert restent dans la procédure.

Murielle Bolle en 1993 au tribunal de Dijon pour le procès de Jean-Marie Villemin.
Murielle Bolle en 1993 au tribunal de Dijon pour le procès de Jean-Marie Villemin. © Maxppp / VINCENT LESAGE

C'était une décision attendue. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a prononcé ce jeudi l'annulation de la garde à vue de Murielle Bolle en 1984, au cours de laquelle l'adolescente avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé Grégory Villemin. Le garçon de 4 ans avait été retrouvé mort environ deux semaines plus tôt dans une rivière des Vosges, pieds et mains attachés. 

Mais Murielle Bolle, âgée de 15 ans à l'époque, s'était ensuite rétractée, assurant avoir subi des pressions de la part des gendarmes. Depuis, elle n'a cessé de clamer l'innocence de Bernard Laroche, abattu par Jean-Marie Villemin en mars 1985. 

Une garde à vue "inconstitutionnelle"

Après la mise en examen de Murielle Bolle en 2017 - mise en examen depuis annulée par la justice pour des raisons de procédure -, son avocat Jean-Paul Teissonnière avait décidé de jouer une nouvelle carte : obtenir l'annulation de la garde à vue de sa cliente, en 1984, au motif que celle-ci n'avait pas été assistée par un avocat. Même si la loi de l'époque le permettait, cette absence de garantie était selon lui contraire aux principes fondamentaux.

Le conseil constitutionnel, puis la cour de cassation sont allés dans son sens. Les magistrats de la plus haute juridiction judiciaire ont ainsi estimé que la garde à vue avait été effectuée en application de dispositions "inconstitutionnelles" de l'ordonnance de 1945 sur l'enfance délinquante. 

La voie était donc ouverte pour que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris décide d'effacer du dossier les procès-verbaux de la garde à vue. "Globalement, nous sommes satisfaits de la décision qui a été rendue", a déclaré jeudi matin à la presse Jean-Paul Teissonnière, l'avocat de Murielle Bolle.

Ce que ça implique pour la suite du dossier

Si les procès verbaux en question sont retirés du dossier, il n'en est pas de même des déclarations faites par la jeune fille avant le début officiel de sa garde à vue, ni de l'interrogatoire devant le juge Lambert quelques jours plus tard, deux moments où Murielle Bolle incrimine également son beau-frère.

"Les quelques déclarations de Murielle qui subsistent n'ont pas beaucoup d'importance car plus personne ne soutient que ce qu'elle a déclaré correspond à la réalité", veut croire Jean-Paul Teissonnière. "Il faut que tout le monde se calme et qu'on n'ennuie plus Murielle Bolle, persécutée depuis 35 ans !" poursuit-il. "Le dossier est encore affaibli, une nouvelle fois, le fiasco continue", a estimé Gérard Welzer, avocat de Marie-Ange Laroche, déplorant un "gâchis humain et financier".

L'enquête va néanmoins se poursuivre à Dijon, où le procureur général Jean-Jacques Bosc, s'est félicité du maintien dans le dossier de ces déclarations. "C'est un élément important, ça préserve des pièces importantes", a-t-il déclaré à l'AFP. "L'important pour Jean-Marie et Christine Villemin, c'est que l'enquête puisse se poursuivre", a réagi de son côté Me François Saint-Pierre, qui représente les parents de Grégory.

Car 35 ans après la mort du petit garçon, cette affaire criminelle hors norme n'a peut-être jamais semblé aussi loin d'être résolue.

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