Le bâtonnier de Paris a demandé à son confrère Juan Branco de "se retirer du dossier" de Piotr Pavlenski, mis en examen pour la diffusion d'images intimes de Benjamin Griveaux. Olivier Cousi a jugé que la situation risquait "d'altérer l'indépendance" de l'avocat dans cette procédure.

Le bâtonnier de Paris a demandé à Juan Branco "de se retirer du dossier [Pavlenski] et il a accepté".
Le bâtonnier de Paris a demandé à Juan Branco "de se retirer du dossier [Pavlenski] et il a accepté". © AFP / Zakaria Abdelkafi

Il est l'un des personnages au cœur de l'affaire Griveaux : l'avocat Juan Branco, conseil de Piotr Pavlenski, ne défendra plus l'artiste russe de 35 ans, mis en cause dans la révélation d'images intimes de l'ex-candidat aux municipales Benjamin Griveaux. "Je lui ai demandé de se retirer du dossier et il a accepté", a révélé le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi, sur France Inter mercredi matin, au terme d'une enquête de déontologie

Cette enquête avait été réclamée par le parquet de Paris "qui considérait qu'il y avait un risque de conflit d'intérêt et qui m'a demandé de trancher cette question", a précisé Olivier Cousi. "Le parquet a le droit de poser cette question et c'est le rôle du bâtonnier de la trancher". Juan Branco avait dénoncé ce week-end une atteinte aux droits de la défense, expliquant que le parquet s'opposait à sa désignation comme avocat de l'artiste russe. L'avocat et essayiste avait dit avoir "conseillé" M. Pavlenski sur les vidéos à l'origine du retrait de M. Griveaux avant leur diffusion.

"Une situation qui risque d'altérer l'indépendance" de l'avocat Juan Branco

"La question était de savoir si dans la poursuite du dossier, mon confrère Juan Branco était soumis ou non à un conflit d'intérêts. Nous avons fait une enquête et j'ai rendu ce matin un avis qui constate que, d'une part, il n'y a pas en l'état du dossier de conflit d'intérêts, mais qu'il y a en revanche un certain nombre de déclarations et de comportements dans la presse et dans les médias de mon confrère qui le mettent dans une situation qui risque d'altérer l'indépendance entre son client et lui-même", détaille Olivier Cousi. 

Le bâtonnier a mené son enquête de déontologie ces derniers jours en entendant Juan Branco et en consultant ses prises de positions et ses déclarations dans les médias. "Un avocat ne peut pas être à la fois militant d'une cause et appuyer les actions ou laisser entendre qu'il peut appuyer les actions de son client car ça ne lui donne pas la distance nécessaire pour pouvoir le défendre", a estimé le bâtonnier de Paris. 

Il souligne en revanche que si des enquêtes de ce type sont souvent menées, elles le sont rarement aussi rapidement : "Nous avons été obligés de nous prononcer très vite : on ne pouvait pas laisser un client dans la situation de ne pas voir son avocat". 

Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo mis en examen 

Mardi, l'artiste russe Piotr Pavlenski et sa compagne Alexandra de Taddeo, destinataire présumée des vidéos à caractère sexuel de Benjamin Griveaux, ont été mis en examen mardi pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "diffusion sans l'accord de la personne d'un enregistrement à caractère sexuel".

S'ils n'ont pas l'autorisation d'entrer en contact, ils ont tous les deux été libérés sous contrôle judiciaire, malgré la demande d'incarcération réclamée pour Pavlenski par le parquet dans le cadre d'une autre procédure. "Bien sûr, je suis content d'avoir fait ça", a déclaré mardi soir l'artiste russe à sa sortie du tribunal.  

La défense de Piotr Pavlenski est finalement assurée par Yassine Bouzrou, un avocat habitué aux dossiers médiatiques, notamment connu pour avoir été le premier avocat de Tariq Ramadan dans la procédure où l'islamologue est accusé de viols ou de la famille d'Adama Traoré, un jeune homme de 24 ans décédé en 2016 après une course-poursuite avec les forces de l'ordre.

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