Florence Hartmann, lors de son interpellation jeudi 24 mars à La Haye
Florence Hartmann, lors de son interpellation jeudi 24 mars à La Haye © MaxPPP / ROBIN VAN LONKHUIJSEN

Après cinq jours passés dans la même prison que les criminels de guerre qu'elle avait dénoncés, la Française Florence Hartmann a été libérée mardi. Mais sa détention décrédibilise le Tribunal pénal de La Haye (TPIY).

"Complètement sonnée, épuisée, mais absolument soulagée d'être sortie. " L'ancienne porte-parole du procureur du TPIY a été libérée mardi de façon anticipée, pour "comportement exemplaire". Durant ses cinq jours passés à la prison de l'ONU à Scheveningen, dans les faubourgs de La Haye, l'ex-journaliste française a été maintenue à l'isolement : elle était la seule femme incarcérée dans cette aile dédiée aux criminels de guerre.

J'ai été moins bien traitée que ces hommes, raconte Florence Hartmann, invitée d'Inter. Eux pouvaient se promener à ciel ouvert ; moi j'étais dans une cage, sans promenade. Eux avaient de la compagnie ; moi j'étais sous surveillance anti-suicide, avec la lumière allumée en permanence.

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Condamnée en 2011 pour avoir divulgué deux décisions confidentielles du TPIY relatives au génocide de Srebrenica, Florence Hartmann a été arrêtée jeudi 24 mars à l'extérieur du Tribunal de la Haye, alors qu'elle souhaitait assister au jugement de l'ex-responsable Radovan Karadzic.

Intimider les lanceurs d'alerte

Plusieurs associations et quelques milliers de personnes se sont mobilisées pour réclamer la fin de son incarcération. La Fédération européenne des journalistes, notamment, a estimé que sa peine de prison était disproportionnée. Ainsi, pour le secrétaire général de la FEJ, Ricardo Gutiérrez :

Le rôle du TPIY est de poursuivre les criminels de guerre, pas d'intimider les lanceurs d'alerte qui agissent dans l'intérêt de la société civile.

L'avocat de la Française, Me Guénaël Mettraux, envisage par ailleurs de porter plainte aux Pays-Bas, la police néerlandaise ayant participé à l'arrestation, devant un site des Nations unies."On va tout faire pour que le TPIY rende des comptes."

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Dépôt d'une plainte__

Florence Hartmann, elle, évoque une "vindicte", un acte de "vengeance personnelle", de la part de certains juges du tribunal.

Elle est dans leur collimateur pour avoir révélé le nom des juges qui ont accepté de garder confidentiels des documents fournis par la Serbie, et relatifs au massacre de Srebrenica,

rapporte le correspondant de France Inter à Bruxelles, Pierre Bénazet.

Un arrangement immoral, d'ailleurs invalidé plus tard par d'autres juges du TPI. Florence Hartmann va donc mainternant se battre contre ceux qui, en abusant de leur pouvoir, ont terni l'image de la justice internationale.

Je vais porter plainte pour que ce tribunal, qui se doit de montrer l'exemple, respecte le droit dans tous les cas. La justice internationale doit rester crédible. Aujourd'hui, il n'existe aucune instance au-dessus du TPI, qui permette de le contrôler.

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