Édouard Balladur, ancien Premier ministre, âgé de 91 ans, est poursuivi dans le volet financer de l'affaire Karachi. Avant de répondre aux questions de la Cour de justice de la République, Édouard Balladur a lu mercredi après-midi un long propos liminaire, pour dénoncer les accusations dont il fait l'objet.

L'ancien Premier ministre Edouard Balladur le 19 janvier 2021 à la Cour de justice de la République.
L'ancien Premier ministre Edouard Balladur le 19 janvier 2021 à la Cour de justice de la République. © Maxppp / YOAN VALAT

Édouard Balladur a lu ce mercredi 20 janvier un texte pour dénoncer les accusations dont il fait l'objet dans l'affaire Karachi, avant de répondre aux questions de la Cour de justice de la République. Le pas lent, costume gris clair, cravate parme, l'ancien Premier ministre de 91 ans s'approche de la barre, un pupitre transparent, sur lequel il dispose ses feuilles. On croirait assister à un discours de Premier ministre. "Si une faute m'est reprochée, il est normal que je m'explique", dit-il. Il rappelle que c'est lui qui a fait voter une loi pour encadrer le financement des campagnes électorales. "Je serais un personnage d'une singulière perversité, si j'avais prétendu, dans le même temps, assainir la vie publique, et tenté de la polluer en mettant en place un système de financement électoral immoral destiné à me favoriser." 

Lunettes à monture argentée sur le nez, il rappelle que "les comptes de ma campagne ont été validés par le conseil constitutionnel" : quelque 85 millions de francs, dont 13 millions de dons en espèces, en deçà du plafond autorisé par la loi qu'il venait de faire voter. De l'argent récolté lors de meetings et de campagnes, dit Edouard Balladur. 

"Ces explications ont été déformées, caricaturées, moquées, mais n'ont jamais été contredites par des éléments matériels." 

Le ton égal, il égrène son analyse de cette affaire hors du commun, par sa durée. "Voilà plus de 25 ans que mon procès est ouvert devant l'opinion publique. Voilà près de 20 ans qu'un attentat à Karachi a coûté la vie à 11 de nos compatriotes. Rien ne m'a été épargné dans les affirmations mensongères sans cesse répétées à la presse", regrette-t-il, avant de dénoncer une "instruction à charge, partiale", et "la réussite dans l'opinion publique de cette thèse qui fait désormais figure de vérité historique : plus personne ne doute de ma responsabilité dans la mise en place d'un système frauduleux dont j'ignorais jusqu'à l'existence même"

"Vous avez devant vous une tâche difficile : celle de résister à l'opinion publique, d'affronter le reproche d'être clément aux puissants. Puissant ? Je ne le suis plus guère, et depuis longtemps." 

La stature droite, malgré quelques tremblements de la main qui tient sa feuille, la voix claire, l'ex premier ministre semble n'en avoir jamais quitté le costume. Son texte est bien écrit, fluide. Non, il n'est pas intervenu dans la répartition et l'octroi des commissions. Son rôle dans les contrats se limitait "à voir si leur signature était compatible avec l'intérêt de la France, et sa politique étrangère". Il a juste apporté la garantie de l'État dans un contrat saoudien, pour limiter le risque financier. "On devrait m'en féliciter, plutôt que de m'en faire grief ! Mesdames et messieurs les juges, cela me paraît insensé, c'est particulièrement injuste." 

Édouard Balladur conclut et sa voix, pour la première fois, trahit une émotion. "Je n'ai commis ni abus de biens sociaux ni recel d'abus de biens sociaux. J'ai confiance dans la vérité, j'ai confiance dans le respect du droit. J'espère qu'au bout de près de 30 ans, l'on me rendra justice." Il replie ses lunettes, rassemble ses feuilles, avant de regagner sa place du même pas lent. Son interrogatoire est prévu la semaine prochaine.