Latifa Ibn Ziaten a perdu son fils Imad, un militaire de 30 ans, tué le 11 mars 2012 par Mohamed Merah. Elle espère autant qu'elle redoute le procès en appel d'Abdelkader Merah, le frère du tueur, qui s'ouvre lundi 25 mars devant la cour d'assises spéciale de Paris.

Latifa Ibn Ziaten en mars 2019
Latifa Ibn Ziaten en mars 2019 © Radio France / Corinne Audouin

Elle enchaîne les rendez-vous, à trois jours du procès en appel d'Abdelkader Merah. La voix douce contraste avec la force que l'on lit dans les yeux noirs de Latifa Ibn Ziaten. Depuis la mort de son fils Imad, le 11 mars 2012, cette mère de famille, arrivée du Maroc à l'âge de 17 ans, est devenue une combattante infatigable contre la radicalisation islamiste. Avec son association IMAD pour la Jeunesse et la Paix, elle multiplie conférences et interventions, dans les écoles, dans les prisons, pour renouer le fil du dialogue avec des jeunes tentés par la violence. 

Accompagnée de son officier de sécurité, elle confie qu'elle se sent "très stressée" par cette nouvelle épreuve. Latifa Ibn Ziaten n'a pas accepté le verdict du premier procès : en novembre 2017, Abdelkader Merah, le frère du tueur de Toulouse et de Montauban, avait été acquitté des faits de complicité dans les assassinats commis par Mohamed Merah.

La cour d'assises spéciale avait ainsi motivé son verdict : "Si Abdelkader Merah partageait les motivations de son frère [...] aucun élément de la procédure ne montre qu'à l'époque des faits, il connaissait les objectifs visés et les crimes commis par son frère." Les juges l'avaient en revanche condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour "participation à un groupement ou une entente terroriste", du fait notamment de son adhésion aux thèses islamistes extrémistes et violentes, de la propagande djihadiste en sa possession, de ses contacts avec son frère, et de sa participation au vol du scooter utilisé par Mohamed Merah.

Mais Latifa Ibn Ziaten, elle, est "sûre et certaine" de sa complicité dans les crimes commis par Mohamed Merah. "Les phrases qu'il a dites, ça m'est resté gravé : quand il a dit 'j'espère que mon frère est au paradis'... Il a tué sept victimes, et il pense que son frère est au paradis, c'est grave, c'est trop dur".

"Je n'ai pas besoin de ses excuses"

"J'espère un procès plus digne. Qu'il y aura plus de lumière, et qu'on ira vers la vérité", dit-elle. "Ce premier procès, c'était un spectacle, c'était trop dur pour les familles. Certains avocats ont oublié qu'on était là". La parole des victimes a pourtant été centrale lors des cinq semaines d'audience. Mais la défense offensive d'Eric Dupond-Moretti, qui avait notamment souligné la douleur de la mère des frères Merah, les a choquées. 

Latifa Ibn Ziaten sera présente, à nouveau, sur les bancs des parties civiles : "pour mon fils, je traverserai le monde s'il le faut", dit-elle. Pendant le premier procès, elle a scruté Abdelkader Merah. "Je n'oublierais jamais son visage, sa manière de nous regarder. Je ne l'ai pas quitté des yeux, je voulais qu'il me regarde. Et combien de fois il a croisé mon regard... Mais je ne pense pas qu'il me voyait. Il est dans un autre monde."

"Je n'ai pas besoin de ses excuses"

explique encore Latifa Ibn Ziaten. "Parce que c'est trop tard. Mais au moins qu'on sache la vérité. Je voudrais, avant de quitter ce monde, savoir pourquoi son frère a tué mon fils. J'attends, avec patience".  

Le procès en appel d'Abdelkader Merah et Fettah Malki (condamné à 14 ans de réclusion criminelle, notamment pour avoir fourni une arme à Mohamed Merah) se tient jusqu'au 19 avril. 

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