Le procès de treize personnes, poursuivies pour le cyberharcèlement de l'adolescente Mila après sa publication en novembre d'une vidéo polémique sur l'islam, doit se terminer ce mardi à Paris. L'accusation propose également une relaxe pour le treizième prévenu, au bénéfice du doute.

Arrivée de Mila à l'ouverture du procès contre ses harceleurs numériques, le 3 juin 2021
Arrivée de Mila à l'ouverture du procès contre ses harceleurs numériques, le 3 juin 2021 © AFP / Bertrand GUAY

L'affaire Mila, qui a ravivé le débat sur les limites de la liberté d'expression a été examinée au fond, pendant deux jours. Et si le procureur a finalement réclamé une relaxe "au bénéfice du doute", il a également demandé des peines de 3 à 6 mois de prison avec sursis pour les douze autres prévenus.

"Vous n'avez devant vous qu'un nuancier de la  bêtise et de la haine de proximité", a lancé le représentant du ministère public lors de son réquisitoire. "Aucun des messages ne peut s'inscrire dans une forme d'échange. Tous ont en commun d'être injurieux ou menaçant. Tous sont orduriers. Ils signent une volonté de nuire." Mila est devenue "un bouc émissaire", "un punching ball". Au point de devoir s'astreindre à un "confinement avant l'heure et à durée indéterminée". 

Le procureur a fustigé les "désolantes dérobades" des prévenus. Avant de poursuivre : 

"Cette audience doit permettre une prise de conscience : il n'y pas d'anonymat sur Internet. Les réseaux sociaux ne sont pas un Far West sans règles".

Des menaces de mort par dizaines de milliers

Mila, présente à l'audience, vit sous protection policière depuis la publication d'une première vidéo critiquant le Coran et l'Islam en janvier 2020. Mi-novembre, l'adolescente, qui revendique son droit au blasphème, avait publié sur le réseau social TikTok une nouvelle vidéo dans laquelle elle s'en prenait vertement à ses détracteurs : "Surveillez votre pote Allah, s'il vous plaît. Parce que mes doigts dans son trou du cul, j'les ai toujours pas sortis."

Selon son avocat Richard Malka, Mila a reçu "plus de 100.000 messages haineux et de menaces de mort" après ses vidéos. Les prévenus ont écrit pour la plupart un seul message mais sont poursuivis pour avoir participé au harcèlement de Mila en tweetant notamment "qu'elle crève", "tu mérites de te faire égorger" ou "je vais te faire une Samuel Paty" - du nom du professeur d'histoire-géo décapité en octobre après avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.

Âgés de 18 à 30 ans et originaires de toute la France, pour la plupart sans antécédents judiciaires, ils comparaissent tous pour harcèlement en ligne. Certains sont également renvoyés pour menaces de mort et l'un d'eux pour menace de crime.

"La peur change de camp", avait proclamé Mila, qui vient de fêter ses 18 ans et de publier un livre sur l'affaire, à l'issue de la première audience, le 3 juin. Les prévenus encourent jusqu'à deux ans de prison et 30.000 euros d'amende pour le harcèlement en ligne, trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende pour les menaces de mort.

Deux personnes ont déjà été condamnées à des peines de prison pour avoir menacé Mila de mort.