Rapidement, tous ont voulu savoir qui pouvait être l’auteur de ces crimes atroces : deux enfants de huit ans massacrés à coups de pierre, à quelques centaines de mètres de chez eux

Après les premières constatations, les enquêteurs pensent à des trafiquants de drogue ou un couple d’amants qui, surpris dans une situation compromettante, auraient tué les enfants. Mais ces pistes sont rapidement écartées, et le coupable introuvable.

Dans une émotion populaire grandissante, les enquêteurs poursuivent leurs investigations. 500 personnes sont interrogées. Deux hommes avouent les faits en garde-à-vue, avant de se rétracter et d’être relâchés. Puis, l’équipe du commissaire Bernard Varlet identifie Patrick Dils comme principal suspect. Après trois jours d’interrogatoire, l’adolescent timide et immature de 16 ans avoue. Des aveux qui le mèneront en prison. Il y passera quinze ans de sa vie avant d’être finalement blanchi par une cour d’assises.

L’affaire de Montigny-les-Metz c’est donc une incroyable erreur judiciaire.

L’histoire d’un inspecteur, Bernard Varlet, intimement convaincu de la culpabilité de Patrick Dils au point d’écarter tout autre piste : “ma conviction était faite quatre jours après les faits, lorsque nous avons entendu les parents de Dils et relevé des contradictions dans les déclarations de la mère”.

L’affaire de Montigny-les-Metz c’est aussi deux familles endeuillées qui, près de trente ans après les faits, attendent de connaître la vérité.

L’affaire de Montigny-les-Metz c’est, enfin, une enquête aux nombreux ratés.

Dès les premières constatations ...

  • Le thermomètre: le Dr Leupold, médecin qui arrive sur les lieux pour les premières constatations, n’a pas de thermomètre en état de fonctionnement. Il situe alors la mort des enfants au toucher : entre 17 et 20 heures, plus probablement vers 18h20.
  • Retrouvé mais pas scellé: une corde de 77 centimètres est retrouvée entre les jambes de Cyril. Elle n’est pas placée sous scellé, de même que les vêtements de deux enfants. Seules neuf pièces sont placées sous scellés. Deux tubes de colle Dissoplast, destinées à la réparation des chambres à airs, sont retrouvés sur les lieux le lendemain des crimes.

L’heure et le lieu du crime

Patrick Dils
Patrick Dils © MaxPPP
  • Un témoignage tardif: un couple, et plus précisément la femme du couple, affirme avoir entendu des pleurs d’enfants vers 18h55. C’est ce témoignage, qui permettra aux enquêteurs de “déplacer” l’heure du crime et de le rendre compatible avec l’emploi du temps de Patrick Dils. Mais aucune vérification acoustique n’est faite depuis le domicile du couple, situé à 200 mètres de là.

  • Les autres aveux: Claude Grabot et Henri Leclaire ont, eux aussi, avoué les meurtres des enfants. Mais seuls ceux de Patrick Dils seront jugés convaincants par les enquêteurs.

  • La reconstitution : le jour de la reconstitution, Patrick Dils passe deux fois devant le lieu des meurtres et finit par le situer 42 mètres plus loin. Mais les enquêteurs et magistrats présents sur place n’en tiennent pas compte.

Les pièces disparues

  • Les négatifs photos: sur 108 photos prises lors de l’enquête initiale, seuls 35 négatifs sont retrouvés par les enquêteurs en charge de l’enquête préliminaire sur Francis Heaulme. Or, le négatif de la photo de la trace de main ensanglantée sur le wagon, aurait peut-être permis d’identifier des empreintes digitales.

Les témoins oubliés

  • Le “monsieur à vélo”: le jour de la reconstitution, plusieurs femmes âgées se trouvent près des lieux. En voyant Patrick Dils, lune d’elle interpelle l’un des gendarmes et demande : “finalement, ce n’était pas le monsieur à vélo qu’on avait vu ce jour-là?” Il s’avère que ces témoins en ont parlé le soir même aux policiers mais n’ont jamais été interrogées.
  • L’individu étrange: Frédéric Gibert, adolescent à l’époque, se rend spontanément à la police avec son père et affirme avoir vu un individu étrange, la chemise maculée de sang, à 17h25 à moins de 2 kilomètres du lieu du crime. Il ne sera pas réentendu.
  • La Fiat panda: M. Contini, Mme Masson qui font part d’éléments survenus ce soir là verront leurs témoignages négligés. D’autres témoins ont affirmé avoir vu une fiat panda blanche, stationnée ce soir là aux abords du talus. Mais le véhicule ne sera jamais retrouvé.

En décembre 1994, les pièces à conviction de l’affaire de Montigny-les-Metz sont détruites, comme le prévoit la procédure.

Au vu de ces multiples ratés, la maman de Cyril Beining, assistée de Me Boh-Petit, a assigné l’Etat pour “faute lourde” et “déni de justice”. Son assignation est jugée irrecevable en septembre 2007.

Interview vidéo de Chantal Beining, mère de Cyril

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