Accusé d'avoir tué Sophie Toscan du Plantier il y a 22 ans, Ian Bailey a été jugé en son absence (et celle de ses avocats) devant la cour d'assises de Paris. Dans son réquisitoire, le procureur demandait la peine la plus élevée, soit 30 ans de réclusion criminelle.

Ian Bailey est jugé pour le meurtre de Sophie Toscan du Plantier en 1996 en Irlande
Ian Bailey est jugé pour le meurtre de Sophie Toscan du Plantier en 1996 en Irlande © Maxppp / Mousse

Méthodiquement, Jean-Pierre Bonthoux a listé les charges "considérables" qui pèsent contre Ian Bailey pour le "meurtre abominable" de cette femme "solaire, élégante et discrète, rattrapée par un crime obscure, barbare, médiatisé... Il est temps de lui rendre justice." Le magistrat rend hommage à la famille de Sophie Toscan du Plantier, à ses proches qui se sont battus pendant 22 ans pour que ce procès ait lieu, "pour eux, ce n’est pas un drame du passé, c’est un drame du quotidien".

Certes, Ian Bailey est absent, mais "il est tellement là, à se répandre dans les médias, à exprimer sa défiance et son mépris à l’égard de la police et de la justice françaises sur qui il jette son opprobre. Sa couardise est tout à fait insupportable, il se moque de nous !" L’avocat général égratigne au passage la justice irlandaise qui a pour l’instant estimé qu’il n’y avait pas de charges suffisantes pour juger Ian Bailey dans son pays. "Elle a cherché à ralentir et même à empêcher ce procès en France. L’Europe judiciaire est encore bien lointaine", regrette Jean-Pierre Bonthoux.

Pas de preuve scientifique mais de très lourdes charges

Maintenant, il ne s’agit pas de "juger la bête du Gévaudan", prévient l’avocat général, de juger "un homme qui admire la lune les soirs de pleine lune, un marginal, un alcoolique, un journaliste raté, un jardinier raté, ni même de juger un homme qui frappait sa femme". Certes, il n’y a pas de preuve scientifique contre lui puisque la Garda irlandaise n’a effectué quasiment aucun prélèvement sur la scène de crime, mais le magistrat souligne le manque d’expérience de la gendarmerie locale en matière de police criminelle en 1996 "puisqu’elle n’avait pas eu à connaitre d’un seul crime de la même nature depuis 1922 !"

Pour autant, il pèse de très lourdes charges contre Ian Bailey, et elles ont toutes été recueillies dès le début de l’enquête : les égratignures sur ses mains, ses contradictions, ses aveux formulés à quatre reprises à des proches, son absence d’alibi.

"J’ai l’honneur de requérir la peine maximale"

Et puis il y a "cette personnalité narcissique, histrionique, paranoïaque", insiste le magistrat. Bailey est exactement "ce que Sophie Toscan du Plantier n’est pas, il lui en veut, il désire ce qu’elle est, et il commet ce crime atroce parce qu’il sait qu’elle est seule ce soir-là".

L’avocat général mentionne une dernière fois les deux ou trois minutes de terreur et de souffrance qu’a vécues Sophie Toscan du Plantier avant d’avoir "l’honneur de requérir (et je souligne le mot honneur) la peine maximale encourue, 30 ans de réclusion criminelle", ainsi qu’un nouveau mandat d’arrêt "pour qu’un jour, je l’espère, M. Bailey revienne devant cette cour d’assises et puisse être jugé en face-à-face, cette fois". Il est finalement entendu : la cour a délivré un nouveau mandat d'arrêt à l'encontre de l'ex-journaliste, en plus de sa peine de prison ferme de 25 ans, presque la peine maximale.

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