Henda Ayari, ex-salafiste devenue militante féministe laïque, avait été la première à porter plainte contre l'islamologue fin 2017, dans la foulée de l'affaire Weinstein. Sa première confrontation ce jeudi avec le théologien, incarcéré depuis début février 2018, a mis en lumière des incohérences dans ses accusations.

Tariq Ramadan à Genève en 2007
Tariq Ramadan à Genève en 2007 © Maxppp / Salvatore Di Nolfi/EPA/Newscom

Un premier rendez-vous en février dernier, pendant la garde à vue de Tariq Ramadan, avait été annulé à sa demande. Henda Ayari avait été la première à l'accuser de viol. Un viol qui, dans ses premiers souvenirs livrés aux enquêteurs, remontait à la fin du mois de mars 2012, ou peut-être tout début avril, à l'hôtel Holiday Inn de la gare de l'Est, à Paris.

Depuis, cette ancienne admiratrice du théologien a changé de version, après avoir fouillé dans son agenda et épluché ses chéquiers. Dans ses dernières déclarations devant les juges d'instruction, elle affirme ainsi que c'est en fait deux mois plus tard, le 26 mai 2012 qu'elle a été violée, dans un autre hôtel parisien, le Crowne Plaza, place de la République. Elle assure que ce jour-là, il pleuvait. Que d'ailleurs son brushing en a pâti. Mais les avocats du prédicateur suisse ont produit des relevés de Météo-France qui certifient que le soleil n'a cessé de briller ce jour-là. 

Les avocats réclament une "démise en examen"

Mais ce sont deux nouveaux témoignages qui fragilisent aujourd'hui la plainte d'Henda Ayari. Le premier émane de Rayène, son fils aîné, le second de son demi-frère Fadl. Tous les deux ont raconté aux enquêteurs début juillet, que le 26 mai 2012, Henda Ayari n'était pas à Paris, mais au mariage de Fadl à Rouen, avec Rayène et ses frères et sœurs. Fadl va même fournir aux policiers deux photographies l'attestant. Il précisera également que le film des noces peut prouver que sa belle-sœur a au moins été présente du samedi soir 20h jusque tard dans la nuit. Ce témoignage familial est accablant, mais le fils et le demi-frère d'Henda Ayari ne cachent pas leur ressentiment à l'égard d'une femme qu'ils considèrent manipulatrice et menteuse. "Ma mère est malade", accable Rayène, "elle est très très très dangereuse, mais très intelligente. Elle a toujours manipulé son monde. Les dommages collatéraux, elle s'en fout. Tout ce qui l'intéresse, c'est s'en sortir victorieuse."

Les avocats de l'islamologue ont réclamé la démise en examen de leur client. Cette procédure rare peut intervenir quand un magistrat estime qu'il n'y a plus assez d'indices graves et concordants contre un mis en cause. Elle le place automatiquement sous le statut de témoin assisté. Maître Emmanuel Marsigny dépose également une demande de remise en liberté de Tariq Ramadan. 

Mercredi, l'islamologue aurait dû être confronté à l'autre plaignante, qui se fait appeler Christelle et qui décrit elle aussi des viols particulièrement brutaux. Christelle n'a pas pu se rendre à cette confrontation, pour des raisons médicales. Mais maintient toutes ses accusations.

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