Entendue pendant 12 heures par la police dans le cadre de l'enquête ouverte par le parquet, la comédienne a fait savoir qu'elle déposait finalement plainte contre le réalisateur Christophe Ruggia, qu'elle accuse d'"attouchements" et de "harcèlement sexuel" lorsqu'elle était âgée de 12 à 15 ans, entre 2001 et 2004.

Par la voix de ses avocats, Adèle Haenel dit espérer que cette affaire participera au développement d'une justice "plus apte à accompagner dignement les victimes".
Par la voix de ses avocats, Adèle Haenel dit espérer que cette affaire participera au développement d'une justice "plus apte à accompagner dignement les victimes". © AFP / HANS PUNZ

Trois semaines après l'enquête de Mediapart dans laquelle elle accusait le réalisateur Christophe Ruggia "d'attouchements" et de "harcèlement sexuel" alors qu'elle était adolescente, Adèle Haenel s'est résolue à déposer plainte, ce mardi 26 novembre, à l'issue de son audition par la police.

L'actrice était pourtant initialement déterminée à ne pas porter l'affaire devant une justice qui "condamne si peu les agresseurs". "La justice nous ignore, on ignore la justice", assénait-elle alors. Si bien que, suite à l'article de Mediapart, c'est de sa propre initiative que le parquet de Paris a ouvert le 6 novembre une enquête pour "agressions sexuelles sur mineure de moins de 15 ans par personne ayant autorité". C'est dans ce cadre qu'Adèle Haenel a été entendue ce mardi pendant 12 heures par les fonctionnaires de l'Office central pour la répression des violences aux personnes.

"Désormais sollicitée par le service d'enquête, elle s'engage activement dans cette procédure, considérant qu'il est de sa responsabilité de justiciable comme de personnalité publique d'y prendre part", écrivent ses avocats dans un communiqué. 

"Par ailleurs, les dénégations publiques de Christophe Ruggia l'ont déterminée à obtenir judiciairement la reconnaissance de son statut de victime", poursuivent ses conseils, en allusion au droit de réponse du réalisateur, publié par Mediapart, et dans lequel l'intéressé reconnait seulement avoir exercé "l'emprise du metteur en scène" sur la jeune fille.

"En coopérant pleinement à l'enquête, Adèle Haenel entend faire lever tout doute qui confinerait à accorder une impunité". 

Selon ses avocats, l'actrice aux deux César espère que cette affaire "participera au développement judiciaire plus apte à accompagner dignement [les victimes] et à recevoir leurs récits sur des faits difficiles à dénoncer et à faire juger"

Un refus de porter plainte qui avait fait des remous

Adèle Haenel a-t-elle revu sa position face à l'ampleur prise par l'affaire ? Son refus de s'en remettre à la justice avait en tous cas suscité des réactions nombreuses. Sur France Inter, la garde des Sceaux Nicole Belloubet s'était ainsi déclarée "choquée" par les propos de la comédienne, estimant que celle-ci avait "tort de penser que la justice ne peut pas répondre à ce type de situation".

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait aussi encouragé l'actrice à porter plainte, l'assurant "que la police et la justice seront à ses côtés".

Du côté de Marlène Schiappa, le discours s'est voulu plus nuancé. Interrogée ce mardi sur France Inter, la secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes déclaré qu'"en tant que femme", elle "comprenait" la position d'Adèle Haenel. "Je ne suis pas pour l'injonction à porter plainte", ajoutait-t-elle. "Mais c'est pour ça qu'on est mobilisé au gouvernement, pour faire en sorte que cela change". 

Visé par une procédure pouvant aboutir à sa radiation de la Société des réalisateurs de films, Christophe Ruggia devrait être entendu prochainement par la police en charge de l'enquête. 

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