En septembre 2018, Arnaud Gagnoud est violemment attaqué par un groupe de jeunes à Paris. Il venait d’enlacer son compagnon dans la rue. L’un des agresseurs était jugé ce jeudi.

Arnaud Gagnoud, à Paris, le 25 juin 2021, au lendemain du procès.
Arnaud Gagnoud, à Paris, le 25 juin 2021, au lendemain du procès. © Radio France / Victor Vasseur

L’audience aura duré trois heures. "C’est très long pour ce type de procès" détaille Arnaud Gagnoud. Il y a trois ans, en septembre 2018, six jeunes l’ont insulté et roué de coups. Son tort ? Avoir serré dans les bras son copain dans la rue. S’ensuivent des insultes homophobes en cascade, des coups de casque de moto et des coups de pieds. Son visage est tuméfié. Il a des ecchymoses sur le visage, sept points de suture. Le compagnon d'Arnaud est protégé par une amie du couple et ne reçoit pas de coups. 

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Pas un acte homophobe, estime le prévenu

Ce jeudi, un seul prévenu est convoqué à la barre du tribunal pour mineurs de Paris. Il a aujourd’hui 19 ans. C'est lui qui a frappé à coup de casque Arnaud. Il écope de quatre mois de prison avec sursis, et l’obligation de faire un stage de citoyenneté, de trouver un travail ou encore d’économiser chaque mois sur son salaire pour payer les remboursements des frais de justice et médicaux de la victime. Le procureur avait requis une peine de huit mois d’emprisonnement avec sursis

"Il y a un goût d'inachevé et d'une justice à minima" témoigne Arnaud, au lendemain du procès. "Je dis à minima car sur les six agresseurs, seulement un a été retrouvé et jugé" poursuit-il, "les cinq autres sont tranquilles". Arnaud le reconnaît : "Je ne m'attendais à guère plus". Selon l'association SOS Homophobie, le Code pénal stipule que des insultes à caractère homophobe peuvent être condamnées d'un an de prison et 45 000 euros d'amende. Jusqu'à trois ans d'emprisonnement en cas de violence. 

Durant l'audience, "éprouvante" raconte Arnaud, il a pu prendre la parole et s'adresser à son agresseur. Avec une volonté : "Je voulais lui parler des conséquences concrètes que son geste à eu sur la vie du couple." Arnaud se souvient de chaque détail, décrit avec précision la violence de la scène. Près de trois ans après :

Avec Rémi, on ne se tient plus la main en public, on ne montre plus de marque d'affection en public. Déjà que l'on faisait peu auparavant, maintenant, on n'en montre aucune. Par crainte qu'un autre groupe de jeunes nous voit.

Rémi, son compagnon, a aussi porté plainte.  

Un mauvais signal envoyé

Très peu de plaintes aboutissent à une condamnation. "C'est bien souvent parole contre parole, le caractère homophobe est remis en doute. On ne cherche pas les auteurs. Les policiers nous l'ont dit quand on est allés au commissariat" affirme Arnaud. Plusieurs associations LGBT étaient présentes lors de ce procès, comme SOS Homophobie. "Depuis le début de l'année, on a le sentiment qu'il y a de plus en plus de prises en compte de ces violences homophobes" assure David Malazoué, le président de l'association. Il regrette cette condamnation, pas assez lourde à son sens. "D'une certaine manière, cela veut dire que l'on laisse une épée de Damoclès au-dessus de la tête des agresseurs, que l'on peut frapper une fois et avoir une seconde chance. Alors que les victimes restent marquées à jamais." En 2018 et 2019, le nombre d'injures et agressions homophobes ou transphobes a grimpé en flèche. Avec notamment 2 396 témoignages recueillis en 2019.