Tribun al de Bobigny, le 17 janvier. La compagnie est assignée pour discrimination. Le 15 avril dernier, Horia Ankour est débarquée d'un vol à destination de Tel-Aviv, après qu'une employée d'Air France lui ait demandé si elle était israélienne, puis de confession juive. Ce jour-là, des dizaines de militants tentaient de se rendre en Israël pour participer à une opération humanitaire à Bethléem.

Evelyne est chef d'escale, elle a la cinquantaine. Joliment maquillée, élégante, elle est citée comme témoin par la plaignante. C'est elle qui supervisait le vol Nice/Tel-Aviv. Ce 15 avril 2012, l'ambiance est tendue. Plusieurs dizaines d'activistes de l'association Europalestine sont inscrits sur le vol. Une vingtaine sont refoulés dès l'enregistrement : leurs noms figurent sur les listes de "persona non grata" fournies par Israël à toutes les compagnies aériennes. En vertu de la convention de Chicago, elles sont tenues de les refuser, même s'ils ont des papiers en règle et un billet dûment payé. Horia Ankour, elle, passe le contrôle . Cette étudiante infirmière à Carcassonne, dont c'est la première action militante, n'est apparemment pas sur la liste. Elle prend place dans l'avion. Pendant ce temps, ultime procédure de sécurité, Evelyne soumet la liste des passagers montés à bord pour validation à son homologue à Tel-Aviv. Le retour ne se fait pas attendre : le nom d'Horia Ankour pose problème. Il semble qu'elle figure bien sur une autre liste, plus complète. Les instructions fusent, en anglais. Par talkie-walkie, Evelyne appelle une collègue, qui retourne à bord de l'appareil, et lui traduit les demandes israéliennes. D'abord contrôler le passeport d'Horia. Mais ça ne suffit pas.

Ask her if she's jewish

"Ask her if she's jewish" demande Tel-Aviv. Evelyne traduit : "Demande-lui si elle est juive". L'employée s'exécute, mal à l'aise, après avoir entraîné Horia à l'écart. Horia répond non, après encore quelques palabres, elle est débarquée de l'avion.

  • Ça ne vous a pas interloquée? demande Albert Goldberg, l'un des avocats d'Horia.

  • Non, je ... répond Evelyne, qui cherche ses mots. L'avocat enfonce le clou.

-Donc si on vous demande de poser n'importe quelle question ubuesque, vous la posez?

Evelyne se rebiffe.

  • Non, pas n'importe quelle question, ce n'était pas ubuesque!

-Ça vous semblait être une question légitime, vu la destination du vol?- .... Oui.... peut-être.

Nouvelle question de Patrick Baudouin, le deuxième avocat de la plaignante.-C'est normal, une question comme ça? Evelyne se lance.

  • Pour moi, cette personne va être refoulée à l'arrivée. Ma préoccupation, c'est de la protéger. Alors s'il faut poser cette question pour la protéger... oui, le la pose.

Air France ne fait pas de politique

Fin de l'examen des faits. On n'en saura pas plus.

Pourquoi cette question? Si Horia avait dit oui, serait-elle restée à bord? Ne peut-on pas être juif, et participer à une opération pro-palestinienne? C'est quoi, être juif? Etre pratiquant, croyant, avoir un, deux parents juifs? Une simple question qui ouvre des abîmes de réflexion. Pas chez Air France. La compagnie ne cherche pas à se défausser sur ses salariées, on comprend donc que ça doit se passer comme ça tout le temps. Qu'il n'y a pas de débat, qu'on applique les consignes. Point. "Air France ne fait pas de politique" rappelle l'avocat de la compagnie, qui demande la relaxe.Maître Fabrice Pradon reconnaît que la question était maladroite, mais il conteste l'infraction . Pour qu'il y ait discrimination, il faut, plaide-t-il, qu'il y ait intention de discriminer. Or la question a été posée dans le but de protéger la passagère. "Air France n'a jamais voulu porter atteinte à votre dignité ", dit-il en se tournant vers la jeune femme.

Ecoutez la réaction d'Horia Ankour à la sortie de l'audience.

**_Le procureur a requis la condamnation d'Air France à 5000 euros d'amende._** **_Le jugement a été mis en délibéré au 21 mars._**
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