Un procès du grand banditisme corse débute ce lundi après-midi à Aix-en-Provence. Six co-accusés sont jugés pour l'assassinat en 2010 de l'ancien nationaliste Antoine Nivaggioni, proche du clan Orsoni. Mais surtout, pour la première fois, une cour d'assises va juger un homme placé sous le statut de repenti.

Aux assises des Bouches du Rhône, la sécurité sera plus importante encore que lors de ce procès de 2015 concernant le grand banditisme corse
Aux assises des Bouches du Rhône, la sécurité sera plus importante encore que lors de ce procès de 2015 concernant le grand banditisme corse © Maxppp / Edouard Coulot / La Provence

Un procès du grand banditisme corse débute ce lundi après-midi à Aix-en-Provence. Six co-accusés, à des degrés divers d'implication, sont jugés pour l'assassinat en 2010 de l'ancien nationaliste Antoine Nivaggioni, proche du clan Orsoni.

Et pour la première fois en France, et durant 15 jours, une cour d'assises va juger un homme placé sous le statut de repenti. Un procès sous haute surveillance, d'autant que cet homme, Patrick Giovannoni, 48 ans, comparaît aux côtés de ceux qu'il a dénoncés pour l'assassinat, le 18 octobre 2010 à Ajaccio, d'Antoine Nivaggioni, un proche d'Alain Orsoni, l'ancien chef du FLNC et président du club de football d'Ajaccio.

Premier test grandeur nature pour le statut de "collaborateur de justice", le repenti à la française

Il s'appelait Patrick Giovannoni, mais depuis il a changé d'identité et peut-être d'apparence. Patrick Giovannoni a permis de faire tomber les deux assassins présumés et leur commanditaire, Jacques Santoni, le chef de ce que l'on a appelait, en Corse du sud, la bande du "Petit Bar". Un repenti jugé pour une partie des faits qui lui sont reprochés, car il ne s'est repenti qu'après le meurtre.

Giovannoni n'avait pas de casier judiciaire. Pourtant il avait un rôle clef dans la bande de tueurs présumés qui est jugée à Aix-en-Provence. Il est le seul à avoir un travail déclaré : il gardait jusqu'en octobre 2010 le dépôt d'essence d'une entreprise de sécurité privée, mais c'est là aussi qu'il entreposait les armes d'un chef tétraplégique depuis un accident de moto : Jacques Santoni, qui a durant de longues années échappé à la justice, accusé - sans qu'on puisse produire de preuves - de faire régner la terreur par le racket et le meurtre, de faire du trafic de drogue, de la prostitution, pour son propre compte ou pour des clans familiaux sur l'île.

Giovannoni ne bénéficie pas d'une immunité pénale, mais difficile de le condamner à de la prison ferme

Patrick Giovannoni avait aménagé une cache où les policiers ont retrouvé près d'une centaine d'armes de tout calibre. Mais ce chapitre-là n’apparaît pas dans l'acte d'accusation. Après avoir été démasqué par les enquêteurs de la police judiciaire dans une autre affaire, il ne voulait pas plonger, et redoutait surtout d'être liquidé par ses acolytes. Giovannoni a donc tout balancé, du jamais vu, jamais entendu en Corse.

On va essuyer les plâtres, c'est la première fois qu'un repenti est jugé

Il sera bien là, dans le box des accusés, sous la protection des policiers du Raid. Mais une loi adoptée in extremis en octobre 2017 prévoit la possibilité d'un huis-clos, que va réclamer l'avocat de Patrick Giovannoni, Me Laurent-Franck Liénard. "Sa comparution pose des difficultés parce qu'il faut que son apparence physique soit protégée. Évidemment, les autres avocats de la défense vont vouloir une comparution normale, donc il va y avoir des écueils. Les modalités de sa comparution vont devoir être discutées avec le parquet général et le président de la cour d'assises.".
 

Pour Me Laurent-Franck Liénard, Patrick Giovannoni "a collaboré à l’œuvre de justice. Il attend de l’institution judiciaire une clémence relative, qui est prévue par les textes". Surtout, note l'avocat, si l'on envoie son client en prison, "sa sécurité n'est pas assurée et c'est un très mauvais signe envers ceux qui viennent toquer à la porte de la justice pour l'aider."

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